Flux migratoires

UEPS 2015 NVS

(source photo)

23 avril 2015 | Par Les invités de Mediapart

 

Aux migrants des guerres, de la misère, du climat ou de l’eau, l’Europe doit une réponse. Immédiate autant que de long terme. Par devoir moral autant que pour notre sécurité collective, mais aussi parce que le renouveau démocratique européen que nous appelons à construire l’exige. L’Union européenne ne peut continuer à accumuler les preuves d’impuissance. Nous devons aux milliers de victimes autre chose que des parenthèses de compassion ou, pire, l’interminable pente du repli xénophobe. Le moment de la reconquête et des réponses solidaires est venu.

Sauver d’abord. Sans attendre, les actions de sauvetage en Méditerranée doivent reprendre et s’amplifier avec des moyens européens renforcés. Les Etats européens doivent renouer avec l’esprit de l’opération Mare Nostrum qui, bien qu’essentiellement militaire, avait pour mission le secours humanitaire. Cette décision implique d’une part une coopération intergouvernementale et d’autre part un retour au budget à hauteur, au moins, des 9 millions d’euros mensuels (contre 2,3 que coûte aujourd’hui l’opération Triton, minimaliste).

(Nous ajoutons que l’Europe et le monde doivent aussi se préoccuper de l’aide aux missions humanitaires dans les pays les plus pauvres, portées par les OMG, tant pour les flux migratoires Sud-Sud que pour les camps de déplacés dus aux situations de guerre.)

Accueillir ensuite. Les femmes, les hommes et les enfants qui parviennent sur les côtes européennes doivent y être dignement accueillies. Leur dignité, c’est la nôtre. La barbarie se nourrit de la barbarie, et l’Europe ne peut plus tolérer cette concurrence entre damnés de la terre.

Celles et ceux qui relèvent du droit d’asile – et ils sont nombreux au regard des critères qui le fondent – doivent pouvoir en bénéficier. Ils doivent être protégés sous l’égide du HCR et des institutions européennes compétentes. Ils doivent ensuite être accueillis dans l’ensemble de l’Union selon un partage de cet accueil entre les différents Etats membres. C’est le sens de la proposition allemande, que nous soutenons. Le droit d’asile doit sortir renforcé de cette terrible crise, dans le prolongement des dernières directives européennes et du projet de loi réformant l’asile en France que l’assemblée nationale vient d’adopter.

Cette politique, comme d’ailleurs l’approche migratoire, implique forcément les pays stables du Maghreb – la Tunisie, l’Algérie, le Maroc – qui ne sont désormais guère des pays de transit, mais des pays d’installation durable, du fait des capacités et des infrastructures de leurs nombreuses villes. Rien ne se fera sans un dialogue renforcé du 5+5, c’est-à-dire, pour l’essentiel, sans le dialogue direct entre latins et maghrébins.

Assumer l’immigration

Le droit d’asile n’est pas la seule dimension, le seul critère d’accueil acceptable qui justifierait de refouler tous les autres : soyons réalistes, pendant quelques années encore, et en attendant qu’une réelle et ambitieuse politique de co-développement fasse son œuvre, la Méditerranée sera confrontée à des mouvements migratoires importants. C’est pourquoi il faut changer notre regard, et assumer l’immigration et l’accueil.

En premier lieu, les Européens doivent se souvenir de ce que furent les espoirs et les rêves de leurs ancêtres migrant vers les Amériques et au-delà, fuyant, eux aussi et encore plus nombreux que les Africains aujourd’hui, les guerres, les pogroms, la grande pauvreté tout au long des 18ème et 19ème siècles. Les citoyens doivent accepter, assumer cette mémoire qui doit aussi forger des principes.

 Qui fera croire que les 507 millions d’Européens ne sont pas capables d’accueillir les centaines de milliers de  migrants ?

Mieux, nous affirmons que l’Europe y trouvera son compte, au-delà de sa bonne conscience, y compris sur le terrain économique. Chaque Etat membre pourrait, devrait, accueillir sa part d’immigration, aux conditions légales d’accueil et d’intégration qui lui sont propres, à commencer par l’apprentissage de la langue nationale dès l’installation par les adultes et les enfants accueillis.

Une autre politique de développement

La réponse aux peurs et malheurs des migrants (et de tous ceux qui n’ont pas les moyens de partir) doit surtout intervenir sur les lieux de départ des migrations. Elle passe par une contribution au développement économique et à la stabilité politique, mais aussi sanitaire, en Afrique. L’aide européenne au développement doit enfin y contribuer, surtout dans les pays les plus pauvres du Sahel.

Mais des politiques plus structurantes doivent se déployer dans une Afrique qui est confrontée aux bouleversements climatiques, à la raréfaction des ressources naturelles (et de l’eau d’abord), qui poussera encore de nouveaux migrants vers le Nord. Parmi ces politiques, une doit se dégager comme déterminant toutes les autres : la reconstruction de la capacité des Etats aujourd’hui fragiles (en Afrique subsaharienne) ou en faillite (Libye). Sans Etat, sans capacité à prélever l’impôt faute d’activité économique suffisante, sans éducation, sans système de santé…la voie du chaos s’agrandira d’autant plus vite que la grande pauvreté engendre (et non la religion comme on l’entend stupidement parfois), comme au Niger, une croissance démographique phénoménale. .. Qui peut croire que sans capacité régalienne solide de l’Etat, Niamey sera en capacité d’absorber l’exode rural massif que va connaître le pays, confronté à une triple crise : agricole, écologique, démographique. Sur ce terreau progresseront tous les fléaux que fuient les populations, et que nous prétendons combattre (dont le terrorisme), si nous n’agissons pas maintenant, avec des moyens décuplés.

L’UE doit également prendre toute sa part aux efforts de stabilisation de la Libye engagés par les Nations Unies. Dans ce pays, les mouvements terroristes et les mafias s’alimentent mutuellement. Nul ne pourra se satisfaire de la simple reconstitution d’un verrou migratoire. La reconstruction politique et économique de la Libye est une priorité qui exigera des moyens financiers très importants.

Une diplomatie exigeante

De l’autre côté du continent, ce sont les dictatures et les conflits qui poussent les migrants sur les routes de la mort. La communauté internationale et notamment l’UE ont fait preuve d’une trop grande complaisance à l’égard de la dictature érythréenne. L’UE doit s’impliquer avec ses partenaires internationaux et régionaux dans la stabilisation du Soudan. Dans ce décor sombre, La guerre en Syrie n’est pas la dernière des causes à traiter, où un peuple se voit otage d’un dictateur et de djihadistes assassins…

La politique migratoire doit, au niveau européen, prendre en compte les aspirations des hommes, des femmes, à la migration. Elle doit pour cela l’organiser et non la laisser aux forces du marché. Une immigration économique est nécessaire en Europe, notamment dans certains Etats membres dont la démographie est en recul et alors que les sociétés européennes vieillissent. Le malthusianisme du repli migratoire est une erreur politique, morale et économique.

L’Europe a besoin de cette ouverture sur le monde. Ces jeunes gens qui ont traversé les pires épreuves, n’aspirent qu’à vivre en paix, à travailler. Il convient d’organiser cette migration au niveau européen, en la fixant pour chaque Etat membre en accord avec les partenaires sociaux et en prenant en compte, notamment sur notre territoire, les capacités d’intégration: à l’école, au travail, dans les hôpitaux, pour le logement, etc. Les logiques de remise en cause des services publics sont celles qui alimentent les concurrences entre les exclus, alimentant la xénophobie.

LES SIGNATAIRES :

Pouria Amirshahi, Laurent Baumel, Kheira Bouziane, Fanélie Carrey-Conte, Laurence Dumont, Aurélie Filippetti, Benoît Hamon, Christian Paul, Barbara Romagnan, députés PS.

Guillaume Balas, Isabelle Thomas, Emmanuel Maurel, députés PS européens.

Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice PS.

 

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