Écologie

LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE, UN PROJET DE SOCIÉTÉ

Les 5 défis du XXIe siècle

Diagnostic : état des lieux

1. Le réchauffement climatique

La température planétaire a augmenté d’environ 0,9 °C depuis la fin du XIXe siècle et le rythme s’accélère. La communauté scientifique est unanime : si les GSE sont naturels et existent depuis toujours dans l’atmosphère, l’activité humaine les ont démultipliés avec la combustion d’énergie fossile (pétrole, gaz, charbon). La hausse a été de 70% entre 1970 et 2004. Le dernier scénario du GIEC et la Banque mondiale estime l’augmentation de la température dans une fourchette 3 % à 4 % d’ici 2100. Un réchauffement de 2°C entraînerait un changement climatique dont on ne peut prévoir l’ampleur ni les conséquences dramatiques : fontes des glaces, tempêtes tropicales, précipitations plus fortes ou insuffisants selon les zones, augmentation de l’intensité des cyclones, élévation du niveau des mers, acidification des océans, désertification, perte de la biodiversité, baisse des ressources d’eau, le climat de l’Europe pourrait changer radicalement en raison d’une altération du Gulf Streem – le courant qui suit la côte est de l’Amérique du Nord et aujourd’hui la réchauffe. D’une manière générale, c’est la dégradation des conditions de vie de tout ou partie de la planète, les populations les plus pauvres ayant à en souffrir prioritairement.
D’après le GIEC, une réduction de 50 % à 80 % est nécessaire ente 2000 et 2050.

2. L’épuisement des ressources naturelles

Les ressources naturelles fossiles (charbon, pétrole) seront épuisées à plus ou moins brève échéance ainsi que les minerais (cuivre, plomb, nickel, étain, chrome, zinc, argent, or, lithium, cobalt, uranium…). Pour la grande majorité des éléments, les réserves se situent entre 30 et 60 ans. La part du pétrole qui ne représente aujourd’hui que 1 % à 2 % dans le prix des marchandises va considérablement augmenter le prix du transport et des marchandises à l’approche des pénuries à venir.

3. La crise des déchets

Nous produisons des masses de déchets considérables de métaux lourds toxiques, comme le plomb et le mercure, et de déchets médicaux, y compris les déchets de germes ou de virus. Les déchets nucléaires sont les plus dangereux de tous, puisqu’il s’agit de produits hautement toxiques et qui demeurent pendant des milliers d’années. Sur les 80 000 composés chimiques utilisés couramment en quantité significative, la plupart sont fabriquées selon des procédés qui aboutissent à la production de déchets, en général dangereux. Presque tous les nouveaux composés chimiques ne subissent pas de test déterminant leur degré de toxicité. Chaque européen consomme annuellement 92 kilos de matières plastiques, dont 40 % sont des emballages alimentaires.

4. La perte de la biodiversité

En Europe, nous avons détruit 90 % de notre biodiversité dans les champs et nous observons une chute régulière et absolument constante de l’activité biologique des sols exploités. Jusqu’à quand pourrons-nous encore cultiver ? Notre agro-industrie n’est pas soutenable.
Au niveau mondial, si le rythme de déforestation se maintient, c’est pratiquement toutes les forêts tropicales qui auront disparu au siècle prochain. Si elles sont toutes abattues ou brûlées, c’est l’avenir de notre espèce qui est compromis. Les forêts constituent les ressources les plus importantes de diversité biologique. Au moins la moitié, sinon plus, des espèces vivantes vivent dans les forêts tropicales. Leur destruction rapide représente une atteinte mortelle au réseau compliqué dont dépend la vie sur terre. Des centaines de médicaments que nous employons aujourd’hui proviennent des animaux et des plantes des forêts tropicales.
La révolution verte a désertifié 300 millions d’hectares de terre.

5. La crise sanitaire

« La nouvelle génération d’enfants, est la première de l’histoire moderne à être en moins bonne santé que celle de leurs parents. Ce n’est pas acceptable ![1] » Notre modèle agricole est largement responsable de la malbouffe au nord comme de la famine au sud. Selon l’OMS, 200 000 personnes meurent chaque année empoisonnées par des pesticides. Chaque année 140 000 tonnes de pesticides sont répandues en Europe dont 80 000 rien qu’en France, le premier utilisateur européen. Depuis la fin de la guerre, la production annuelle mondiale de produits chimiques est passée d’1 million à 400 millions de tonnes. Le nombre de cancer a doublé depuis trente ans dans les pays les plus développés. En France, le cancer tue 1 homme sur 3 et 1 femme sur 4. Les autorités sanitaires ne nous protègent en rien car elles sont contrôlées par l’industrie chimique.
Crise alimentaire : en France, même si nous avons été longtemps épargnés : un peu plus de 10% des Français sont obèses et 20% des hommes et femmes de 55-64 ans le sont.

La réponse à la crise écologique appelle deux attitudes :

  • A) Les « catastrophistes » : renoncement au mode de vie actuel, promotion de la réduction de la consommation et de la décroissance.
  • B) Les promoteurs d’un nouveau mode de développement : la crise écologique nous donne l’obligation de revoir notre système économique et d’envisager un dépassement du capitalisme productiviste en revoyant la redistribution des richesses mais aussi la façon dont elles sont produites. Les solutions relèvent tout autant de la justice sociale dans l’utilisation des ressources (salaires, emplois, services publics) que de la réorganisation des modes de production et appelle à une transformation de la façon dont les hommes travaillent.

Qui doit payer ?

Nicholas Stern, directeurs du budget et des finances publics du Trésor britannique a rendu public un rapport évaluant les coûts du seul changement climatique dans le monde à 5 500 milliards d’euros. En Europe, les études évoquent un montant de 300 Mrds par an.
60 % des émissions de GES sont produits par les pays en voie de développement. Mais si l’on considère la quantité de GES produite par nos pays industrialisés pour en arriver à notre stade de développement, nous avons contribué beaucoup plus lourdement au réchauffement climatique que ne le font aujourd’hui les pays en développement. Notre responsabilité étant plus grande nous devons contribuer de façon plus importante, d’autant plus que nous possédons les capitaux et sommes en mesure de fournir le transfert de technologie nécessaire à un développement durable. Nous devons consacrer 2 % à 3% par an de notre PIB à la lutte contre les GES. La bataille écologique se joue chez nous entre trois acteurs : le citoyen libre et informé (le consommateur), l’entreprise (le marché et ses lobbies) et le politique (l’État). Certaines entreprises s’impliquent déjà en développant des labels biologiques et le commerce équitable. Mais cela reste marginal. Pour la majorité d’entre elles, il y aura un prix à payer. Les pollueurs devront assumer le coût de la pollution. Le principe de rentabilité au cœur des empires financiers et industriels reste le frein principal à tout changement de société. Nous ne pouvons attendre des actionnaires qu’ils sacrifient volontairement une part de leurs énormes bénéfices pour engager les investissements nécessaires à la préservation de la planète. Nous proposons de réviser nos modes de consommation, une fiscalité verte contraignante sur les entreprises et d’activer les leviers de la création monétaire pour financer les investissements d’avenir.

Que faut-il changer ?

1) Changer nos modes d’évaluation :

Dans la pratique, le mode d’établissement du PIB considère la destruction rapide et sans scrupule de l’environnement comme une bonne chose ! (voir chapitre 1)

2) Réviser nos modes de consommation :

Les entreprises sont responsables à 50 % du réchauffement climatique avec les ménages, mais se sont elles qui induisent nos comportements de consommation en faisant tout pour gagner des parts de marché sur lesquelles elles espèrent bâtir leur croissance.
Le budget publicitaire mondial annuel atteint plusieurs centaines de milliards de dollars (de 230 Mrds selon le AD Barometer à 1000 Mrds selon Patrick Viveret de la Cour des comptes). Réviser nos modes de consommation, c’est modifier notre modèle économique et le profit à court terme incompatible avec le développement durable. De plus en plus de citoyens s’inquiètent des enjeux écologiques et sanitaires. Cette lente prise de conscience dans la population conduit à des comportements individuels de « consommation responsable » se tournant vers « le bio » et « le commerce équitable » qui ne pourront se généraliser que si nous redistribuons massivement les richesses. Réviser nos modes de consommation, c’est opposer à la consommation comme fonction économique majeure et comme véritable devoir social, la qualité de travail, le temps libre pour sa famille et son développement personnel. Ce n’est qu’a ce prix que nous nous responsabiliserons écologiquement.

3) La transition énergétique

La transition énergétique est au cœur des investissements d’avenir. Elle doit soulager la France de sa dépendance énergétique (l’énergie représente 86% du déficit de la balance commerciale, soit environ 60 Mrds) et par sa création d’emplois relocalisables pourra participer activement à la lutte contre le chômage de masse.

1. Sobriété, efficacité : Durant la période de transition envisagée pour la sortie du nucléaire jusqu’en en 2050, nous serons toujours dans un mix énergétique qui amortira le coût de développement des énergies alternatives. Se mettra alors en place la sobriété énergétique dont nous avons besoin (scénario négaWatt). Des économies considérables, souvent accessibles à un coût extrêmement faible, sont réalisables. Par exemple, la généralisation de chauffe-eau solaire, des pompes à chaleur ou de l’isolation thermique des bâtiments. Le progrès informatique nous permet aussi d’envisager une limitation des transports d’électricité qui génère des pertes importantes ainsi qu’une consommation optimisée par le développement de réseaux intelligents (smart grids) permettant aux appareils de fonctionner à leur juste utilisation.

2. Investir massivement dans les énergies renouvelables
Avec le récent rapport de la Cour des comptes en 2012 sur les coûts de la filière électronucléaire, nous pouvons déjà affirmer que les énergies renouvelables (l’hydraulique, l’éolien, le solaire, la biomasse, les énergies de la mer, la géothermie profonde) ne reviendront pas plus cher que l’exploitation, même sous-évaluée, de l’énergie nucléaire. Mais cela ne se fera pas par une simple substitution des centrales nucléaires par d’autres sources d’énergie centralisées comme les parcs éoliens ou solaires. C’est notre modèle de production énergétique qu’il faut repenser. Il faut développer une approche transversale qui nécessite la collaboration de différents secteurs d’activités. Il s’agit de :

3. Reconfigurer le parc immobilier pour collecter sur site des énergies renouvelable et produire l’électricité par une refonte des normes de constructions neuves et pour le bâti existant, par la mise en place de plans collectifs de financement public/privé par quartiers et centre bourgs. Sur le bâti existant, mettre en place des plans collectifs de financement isolation et chauffage pilotés par les mairies.

4. Déployer un réseau internet de l’énergie pour moduler la consommation et échanger les ressources. La mise en œuvre de ces nouvelles technologies sont créatrices d’emplois. (cf. / plan «Réseaux électriques intelligents»).

5. Investir dans le déploiement des technologies de stockage. L’exploitation massive des énergies renouvelables, issues des hydroliennes ou des éoliennes et des panneaux solaires ne se fera qu’en levant le verrou du stockage. Plusieurs technologies de stockage prometteuses existent comme les batteries à flux continu, les volants d’inertie, les condensateurs, le pompage de l’eau et les piles à hydrogène.

6. Organiser sur le territoire national des pôles industriels écologiques de production, comme au Danemark à Kalundborg, véritable réussite d’un écosystème industriel autour d’un bassin de vie avec recyclage des déchets, des matières premières et des énergies. Cela peut se faire par une maitrise de l’urbanisme industriel et commercial à intégrer dans les SCOT.

7. Redéployer et rationaliser des transports publics qui sont les grands chantiers de demain source d’emplois. Une alternative crédible doit être proposée à l’automobile et aux transports routiers, qui représentent à eux seuls environ 30 % de l’émission de gaz à effet de serre. Des réseaux de transport en commun gratuits (comme c’est déjà le cas en France à Châteauroux, Gap, Vitré, Compiègne, et en Flandre à Hasselt) bien desservis et des équipements parfaitement entretenus encourageraient facilement l’usager à délaisser sa voiture. La mise à disposition collective de voitures individuelles propres dans les zones urbaines est aussi envisageable que le développement généralisé du vélo en accès libre.
Pareillement pour le transport de marchandises dont il faut reporter le trafic vers des solutions plus performantes par le biais de d’une Ecotaxe affectée au rail, aux voies fluviales, au cabotage.

8. Limiter l’étalement urbain dans les agglomérations qui disposent de terrains disponibles et logements vides.

Le nucléaire, une énergie obsolète

Il existe 443 centrales nucléaires dans le monde et elles sont vieilles. Elles représentent 6% de l’énergie que nous produisons. Pour avoir un minimum d’impact sur le climat, il faudrait porter à 20% la production d’énergie nucléaire. Il faudrait remplacer les centrales existantes et en construire un millier pour les 25 prochaines années. Personne ne pense que cela va arriver. Pourquoi investir dans une énergie dangereuse, instable, qui ne créée pas d’emploi et qui est grande consommatrice d’eau dans une période de réchauffement climatique ?

4) Convertir la France à l’agroécologie

« L’agro-écologie peut doubler la production alimentaire mondiale en dix ans », a déclaré Olivier De Schutter, Rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation car elle permet « d’obtenir des rendements beaucoup plus importants que l’agriculture conventionnelle ». Il précise : « Les gouvernements et les agences internationales doivent stimuler de toute urgence les techniques agricoles écologiques afin d’accroître la production alimentaire et sauver le climat ». Nous avons ici la solution concrète pour surmonter la poussée démographique et la crise écologique, elle se nomme : agroécologie. Les techniques agroécologiques incluent le contrôle biologique (lutte contre les maladies et les indésirables par des prédateurs naturels), l’agroforesterie (arbres et cultures sur les mêmes parcelles de terre), le stockage naturel de l’eau, les cultures intercalaires, l’utilisation de fumier biologique ou encore le mélange culture-bétail (scénario Afterres 2050).
En France, nous pouvons créer au minimum 150 000 emplois dans un secteur où nous avons perdu 1 million d’agriculteurs depuis les années 1970. C’est répondre à l’urgence sociale de plus de 20 % des quelque 600 000 exploitants agricoles encore en activité qui peuvent être assimilés à des travailleurs pauvres. Quant aux autres, beaucoup sont endettés pour avoir investi dans du matériel lourd pour répondre aux exigences de la concurrence dans la production intensive. Avec en moyenne 25 % de baisse permanente des prix à la production en dix ans, ils sont chaque année entre 30 000 et 40 000 à mettre un terme à leur activité. Il nous faut :

1. Recombiner agriculture et élevage sera le socle d’une politique agricole française responsable afin de régénérer la biodiversité.

2. Autoriser la culture des variétés oubliées les plus adaptées aux terroirs impose de briser le carcan juridique qui limite la commercialisation et la culture des semences. Cela impose également de ne pas permettre le brevetage du vivant.

3. Soutenir les réseaux informels comme les AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne inspirées des fameuses Teikei au Japon qui font partie des coopératives de consommateurs où sont engagés 25 % environ des foyers japonais, soit 20 millions de personnes) est un complément indispensable qui en leur permettant d’atteindre une taille critique garantira l’achat d’une part de la récolte à venir en début de saison, la population agricole n’ayant plus d’autre souci que de produire des fruits et légumes de qualité afin de tenir son engagement. Ces modèles ne recourent pas à la publicité, n’arborent aucun logo, ou encore moins de label. Pourtant, ils tendent vers ce que pourrait être un véritable commerce équitable s’inscrivant dans une approche réelle de développement durable.

4. Recourir à des contrats négociés localement par les collectivités locales pour favoriser les circuits courts « du champ à l’assiette ».

5. Systématiser l’achat de produits agro-écologiques via les marchés publics pour la restauration collective (des écoles, des entreprises, des hôpitaux…).

6. Soumettre les subventions de la PAC à la qualité produite. Cela suppose la volonté gouvernementale d’aboutir à une coordination des initiatives écologiques au niveau mondial.

7. Remettre en cause au profit d’un commerce équitable la libération des marchés promue par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Sur le plan Européen, cela peut se traduire par la mise en place d’une taxe sociale et environnementale sur les produits agricoles à l’entrée de l’Europe.
[1] Unesco 2012, Docteur John Peterson Mayer, chercheur en sciences pour la santé environnementale à propos du danger extrême lié à l’utilisation des produits chimiques toxiques.

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