Gouvernance Mondiale, Valeurs Universelles

Positions NVS Gouvernance Mondiale

Gouvernance Mondiale, Valeurs Universelles   

Nous défendons les positions ci-dessous :

Les problématiques liées à l’international sont nombreuses : dangers socio-économiques, conflits inter-étatiques de type classique, conflits internes, érosion du régime de non prolifération, terrorisme, lutte contre la faim, crime organisé, intégrismes divers et variés, corruption de masse, comportements unilatéralistes, sans oublier le conflit israélo-palestinien qui perdure. Les éléments constitutifs d’une véritable communauté internationale (expression « mièvre » et « roublarde » selon Régis Debray) manquent cruellement.

« Je crois qu’il y a moins de raisons aujourd’hui qui nourrissent l’espoir de justice sociale qu’il y a cinquante ans quand on a fondé l’Organisation des nations unies. » Richard Rorty (philosophe)

« Nous faisons partie les uns des autres »[1], c’est pourquoi la mondialisation doit être synonyme de progrès partagé, d’enrichissement mutuel et de développement durable pour tous. Le Socialisme est une lutte contre toutes les oligarchies, nationales ou internationales. Nous refusons les inégalités d’une mondialisation qui profite à certains et dont beaucoup pâtissent.

Une véritable politique internationale, une « nouvelle organisation du monde » légitime, crédible et efficace est nécessaire. Il nous faut « changer les règles du jeu ». Le vingtième siècle a connu quelques superbes utopies. La Société des Nations (SdN) a raté son objectif de donner à la terre la paix universelle après le conflit de 1914-1918. L’Organisation des Nations Unies (ONU) a pris le relais en 1945. Si le risque d’un troisième conflit mondial semble écarté, qu’en est-il de la cinquantaine de conflits en cours, des 20 millions de réfugiés et quelques 100 millions de déplacés ?

Sur l’autre versant d’une même internationalisation, la montée de la financiarisation de l’économie au dépend des activités réelles et porteuses de richesse, la suprématie du libre échange imposée par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), au détriment des règles sociales, sanitaires, sociales et environnementales, les fausses solutions libérales imposées au pays du Tiers Monde par le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale, l’incapacité de trouver des solutions au réchauffement climatique, aux OGM, au clonage ne sont que quelques exemples auxquels les Etats ne peuvent répondre de façon unilatérale.

 « Les institutions internationales sont entre les mains d’une bureaucratie internationale sans contrôle véritable par les peuples qui ne sont pas directement représentés dans les instances de décision. »

Les Cahiers du Comité Economique, Social et Culturel (Parti Socialiste), « Pour une société de l’être et non de l’avoir », janvier 2010, p. 22.

Le système de gouvernance économique, fondé sur le libre échange, la libre circulation des capitaux, la prééminence des firmes multinationales, la régulation du système monétaire international via les banques centrales, génère de l’injustice, de la pauvreté, renforce le rapport de force à l’origine de l’asymétrie des échanges.

Il ne faut pas « moraliser le capitalisme » mais le dépasser et lui substituer un véritable système économique alternatif qui mettrait fin à la destruction de l’environnement, au productivisme, à la pauvreté, aux inégalités, à la dictature de l’argent et au pillage du Tiers-Monde[2].

Une nouvelle ONU, profondément réformée, peut être le premier acte d’un long combat en faveur d’une mondialisation juste et solidaire[3].

Concernant le Conseil de sécurité, seule instance non démocratique de l’ONU, puisque les cinq membres permanents y sont en position de force[4], nous refusons le statut quo des cinq membres permanents disposant du droit de veto et nous proposons l’ouverture du Conseil à six nouveaux membres permanents dont le Japon, l’Inde, l’Allemagne ainsi qu’un pays latino-américain, un pays africain et un pays arabe.

 « Le déni de légitimité de l’expression collective est (…) rendue possible par la marginalisation croissante de l’ONU au profit d’instances ad hoc comme le G 20 ou d’organisations qui ne sont nullement préoccupées par le développement humain (c’est plutôt l’obsession de la croissance capitaliste qui hante le FMI) ni par la coopération entre les hommes (OMC) : ces lieux ne sont rien d’autres que les lieux où les riches et les puissants prennent les décisions qui leur conviennent ou les dérangent le moins. » Pouria Amirshahi (député du Parti socialiste)

L’ONU doit par ailleurs dès maintenant prendre en compte les acteurs de la société civile agissante à travers la mise en place d’une Assemblée consultative mondiale dans laquelle siègeraient les représentants de ces solidarités transnationales (mouvements de femmes, mouvements de jeunesse, associations militants en faveur des droits humains et du développement, …)[5].

Figurant les prémisses d’un futur gouvernement mondial, l’ONU rénovée doit permettre l’indispensable réhabilitation de l’Organisation International du Travail (OIT), chargée de promouvoir des normes sociales internationales, des libertés syndicales et un travail décent et respectueux sur tous les continents.

Au sein de l’ONU, nous militons pour la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement (OME) protégeant la biodiversité et le droit à un environnement sain.

« Dire qu’il n’y a de politique que mondiale, ce n’est pas dire que la politique ne s’intéresse pas à la condition et aux problèmes des gens là où ils vivent, où les a placé leur histoire. C’est affirmer au contraire que la citoyenneté locale a pour condition une citoyenneté mondiale active. Tout choix d’une orientation politique locale en matière économique, sociale, culturelle, institutionnelle, implique un choix cosmopolite et inversement »

Etienne Balibar (philosophe)

Par ailleurs, la mise en place d’un Conseil mondial du développement durable (CMDD) devra assurer la primauté des droits fondamentaux, sociaux et environnementaux dans le cadre d’une nouvelle hiérarchie des normes internationales. Cette nouvelle entité serait notamment chargée du suivi des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD)[6].

Nous appelons également à la suppression de l’OMC, du FMI et de la Banque Mondiale[7] qui n’ont jamais répondu aux objectifs de lutte contre la pauvreté et de l’accès aux biens publics mondiaux (médicaments, eau, technologie, …). Ni représentatives, ni légitimes et encore moins responsables[8], ces entités, savant mélange de népotisme et de ploutocratie, doivent disparaître. Nous proposons leur remplacement par un Conseil de sécurité économique et social qui aurait la même capacité de décision que le Conseil de sécurité actuel. Cet organe regrouperait les grands pays du Nord et du Sud ainsi que les pays ayant la population la plus nombreuse. Il serait accompagné d’un secrétariat général qui fonctionnerait comme un procureur signalant les décalages entre les promesses et les actes. Son rôle serait d’inciter enfin au respect des normes fixées et de veiller à l’application des programmes d’action.

Pour répondre à « l’unilatéralisme des puissants et à la sauvagerie des marchés gouvernés par les seules nécessités financières à court terme »[9], de nouvelles institutions internationales refondues et rénovées devront bénéficier d’un pouvoir juridique contraignant (obligeant notamment les multinationales à respecter des normes sociales et environnementales dans le cadre d’une réglementation internationale). Le droit international est la seule réponse possible et durable aux rapports de force actuels. Du droit de la coexistence au droit de la coopération, il ne peut être que le résultat d’un renforcement de la démocratie internationale.

Renforcée, démocratisée et responsabilisée, l’ONU pourra progressivement affirmer le caractère universel de sa mission : insister sur ce qui nous rassemble et permettre le vivre ensemble à l’échelle de la planète.

[1] Norbert Elias (sociologue, théoricien des relations internationales).

[2] Arno Münster, Réflexions sur la crise : éco-socialisme ou barbarie, L’Harmattan, 2009.

[3] Samantha Power, « Réformer les Nations unies », Le Monde diplomatique, septembre 2005.

[4] Stéphane Hessel, « Vers un Conseil de sécurité économique et social », Le Monde diplomatique, juillet 2003.

[5] Une démarche collective existe déjà. Le Pacte Global, lancé en 2000, repose ainsi sur la volonté d’entreprises, d’ONG et d’institutions de s’affirmer comme des acteurs d’une nouvelle économie mondiale plus « responsable », plus « morale ». Il définit dix principes qui s’inscrivent dans une perspective de développement global : 1) Les entreprises doivent promouvoir et respecter les droits de l’homme reconnus sur le plan international / 2) Les entreprises ne doivent pas se faire complices de violations des droits fondamentaux / 3) Les entreprises devraient respecter l’exercice de la liberté d’association et reconnaître le droit à la négociation collective / 4) Élimination de toutes les formes de travail forcé et obligatoire / 5) Abolition effective du travail des enfants / 6) Élimination de la discrimination en matière d’emploi et d’exercice d’une profession / 7) Promouvoir une approche prudente des grands problèmes touchant l’environnement / 8) Prendre des initiatives en faveur de pratiques environnementales plus responsables / 9) Encourager la mise au point et la diffusion de technologies respectueuses de l’environnement / 10) Les entreprises sont invitées à agir contre la corruption sous toutes ses formes, y compris l’extorsion de fonds et les pots-de-vin.

[6] Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) sont huit objectifs que les États membres de l’ONU ont convenus d’atteindre d’ici à 2015 : 1. Réduire l’extrême pauvreté et la faim / 2. Assurer l’éducation primaire pour tous / 3. Promouvoir l’égalité et l’autonomisation des femmes / 4. Réduire la mortalité infantile / 5. Améliorer la santé maternelle / 6. Combattre le VIH / SIDA, le paludisme et d’autres maladies / 7. Assurer un environnement durable / 8. Mettre en place un partenariat mondial pour le développement.

[7] L’OCDE, autre instrument au service de l’universalisation du néolibéralisme, devra disparaître pour laisser la place au pluralisme du fonctionnement de l’économie et de la société.

[8] « Dans les rencontres du Fonds monétaire international ou de la Banque mondiale, les ministres ont davantage envie de protéger leurs équilibres budgétaires que d’aider les pauvres. », Stéphane Hessel, cf. note 3.

[9] Hubert Védrine et Henri Nallet, « Relancer le multilatéralisme et réformer l’ONU », Le Monde, 6 janvier 2005, p. 19.

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