Au PS la parole se libère… enfin !

Jeudi 17 avril 2014, une centaine de députés socialistes signaient une lettre à M.Valls lui signifiant leur désaccord avec le plan de 50 milliards d’€ d’économies annoncé par ce dernier la veille.

Ce courrier est le dernier événement en date d’une liste de plus en plus longue de déclarations d’oppositions à la politique initiée par F. Hollande.

Le phénomène est pourtant récent, au PS pour le moins. Jusqu’à la fin de 2013, F. Hollande a pour ainsi dire bénéficié d’une période de grâce. C’était trop tôt pour dresser un bilan. Pourtant, d’ores et déjà les premières démissions affluaient, comme celle de Michaël MOGLIA*, le 5 décembre 2012. Les premiers textes unitaires d’oppositions apparaissaient comme l’appel « Socialistes pour les retraites » signé par plus de 5.500 militants depuis l’été 2013.

Un tournant s’est produit début 2014, avec les annonces du Président de la République en faveur d’une « politique socialiste de l’offre », d’une « baisse du coût du travail », de moins d’État, moins de services publics, etc. ; tournant que l’ensemble de la presse qualifiera de « social-libéral », malgré le qualificatif employé par François Hollande de « social-démocrate ».

Ce tournant n’a cessé de se confirmer depuis, jusqu’aux annonces récentes du nouveau Premier Ministre, en particulier le gel des prestations sociales. En réaction, les signes de désolidarisation se multiplient, comme l’appel « Il n’y a pas qu’une seule politique possible. » signé par 40% des membres du Bureau National du PS et plusieurs milliers de militants. Les électeurs se sont également désolidarisés, en infligeant au PS la plus lourde défaite de son histoire, les 23 et 30 mars 2014. Le bilan de ces élections municipales est catastrophique : avec 155 villes perdues, ce sont plusieurs milliers d’élus, maires, adjoints, conseillers municipaux, conseillers communautaires, qui perdent leur poste.
La coupe est pleine pour un PS souvent qualifié de « partis d’élus ». Outre de nouvelles démissions, comme celles de Sophie Zana** ou de Caroline De Haas***, le PS enregistre une fronde de plus en plus organisée. Parmi la centaine de députés qui ont signé le courrier réclamant un « contrat de majorité », 11 ont refusé de voter la confiance au gouvernement Valls. Un tiers des membres du Conseil National a par ailleurs voté contre le candidat imposé par l’Elysée, réclamant une expression directe des militants.
La parole semble donc enfin se libérer au PS et tout semble montrer qu’une ligne d’opposition se structure.
Sur le fond, plusieurs sujets, économiques pour l’essentiel, dressent une ligne de fracture abyssale entre un social-libéralisme qui ne dit pas son nom et un socialisme qui se voudrait véritable :
  • toutes les politiques de l’offre seront vaines s’il n’existe pas en face une demande solvable : la dégradation du pouvoir d’achat et l’augmentation continue des inégalités ces dernières décennies, comme le montre Thomas Piketty, ne peuvent être acceptées par les socialistes,
  • toutes les politiques « d’austérité en attendant le retour de la croissance » – autrement dit se serrer la ceinture jusqu’aux jours meilleurs – seront sans effet tant que ne sera pas engagée franchement une transition énergétique. Jean-Marc Jancovici démontre que le PIB par personne ne peut pas croître plus vite que l’efficacité énergétique et la consommation d’énergie par personne, ce que le socialisme d’aujourd’hui doit intégrer. 
C’est pourquoi l’association NVS, think-tank militant, propose à tous, militants, citoyens et sympathisants, de réfléchir à une Nouvelle Voie Socialiste : résolument écologique, résolument sociale.

Christophe Delgéry, co-responsable du pôle économique et social de NVS, le think-tank militant.

* Président de la commission des finances du conseil régional Nord-Pas-de-Calais
** Présidente de Maintenant la gauche (la sensibilité animée par Marie-Noëlle Lienemann et Emmanuel Maurel) en Seine-Saint-Denis
*** Ex-présidente d’Osez le féminisme et considérée comme une proche du nouveau ministre de l’Éducation nationale, Benoît Hamon
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« La gauche française est en train de sortir de l’histoire »

Dans un entretien publié le 12 avril, Gaël Brustier indique « Comment la gauche française est en train de sortir de l’histoire ». Perdant leur « capacité à dominer culturellement dans nos sociétés », les partis de gauche perdent progressivement leur capacité à « être hégémoniques ». Cela se traduit par une droite de plus en plus dominante, mais aussi la montée progressive et continue des logiques anti-démocratiques : hausse de l’abstention, détestation des élus, part grandissante du populisme dans les paroles publiques, montée des votes extrêmes, …
De fait, notre démocratie représentative vit une longue et profonde crise de confiance. Nombreux sont les citoyens que désenchante la politique actuelle, tant dans ses résultats que dans ses pratiques. Le danger est réel, et c’est parce qu’il est aussi important qu’il devient indispensable d’achever les mutations démocratiques des partis politiques. 
En la matière, « Nouvelle Donne » a tenté une expérience à l’occasion de ses récentes désignations pour les élections européennes, en décidant que ce sont des militants choisis au hasard qui devaient sélectionner les candidats. Mais une représentation choisie au hasard est-elle totalement représentative de la majorité des personnes qu’elle représente ? Pourquoi ne pas avoir organisé un vote direct de l’ensemble des militants, permettant de départager l’ensemble des candidats ? Les outils sont disponibles pour le faire, comme l’a démontré la motion 4 « Oser. Plus loin, plus vite. » du PS lors d’un vote d’investiture. 
Le Parti Socialiste, d’ailleurs, nous donne un autre exemple immédiat. Prônant la démocratie dans sa vie interne, le PS organise actuellement le remplacement de son 1er secrétaire. Conformément à ses statuts, le Conseil National du PS vote mardi 15 avril pour désigner celui ou celle qui succédera à Harlem Désir. Mais quelle est la procédure de vote ? Quels sont les candidats ? Et même, quelles sont les modalités pour candidater ? Comment les membres du Conseil National peuvent-ils voter sans avoir ces informations ? La démocratie n’est pas complète quand ses règles ne sont pas clairement explicitées. 
Elle n’est pas complète non-plus lorsque la consultation n’est pas ouverte à l’ensemble des militants. Alors oui, les statuts sont respectés. Oui, ces statuts ont été validés par la majorité des militants. Mais les militants veulent choisir leur premier secrétaire au suffrage universel. Ils veulent une démocratie directe sur cette représentation importante pour eux. 
A travers le débat sur la politique économique menée par le gouvernement mais aussi par l’exemplarité de ses pratiques, le Parti Socialiste, comme essaye de le faire Nouvelle Donne, a l’occasion de maintenir la gauche dans l’histoire. A condition d’engager sa rénovation, de recommencer à proposer, à débattre, à diffuser les idées socialistes. En commençant par le choix de son 1er secrétaire. 
Rémi Demersseman-Pradel
Porte-parole de l’association NVS, le think-tank militant
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Une politique économique et sociale de gauche, responsable et courageuse, maintenant !

A la sortie du deuxième tour des élections municipales, nous avons choisi de prendre le temps de l’analyse. Analyse du résultat de l’élection, de ses causes, mais aussi de ses conséquences en matière de politique nationale. 

Cette période se terminant, nous avons choisi, pour reprendre nos diffusions, le texte ci-dessous, communiqué auquel ont participé certains membres de NVS engagés au sein du PS et que vous pouvez retrouver ici.

Ce sera notre décryptage hebdomadaire de la semaine. 

Une politique économique et sociale de gauche, responsable et courageuse, maintenant !

La sévère défaite des municipales 2014 est un désaveu cinglant pour le gouvernement et le Parti Socialiste qui l’a soutenu sans réserve. Faisant d’un scrutin local un moyen national d’expression, l’électorat de gauche a condamné la politique économique en place depuis 2 ans, dans laquelle il ne retrouve pas le souffle du discours du Bourget ni l’ambition des 60 propositions mais, au contraire, l’accroissement du chômage, les impôts qui augmentent, le pouvoir d’achat qui diminue, les déficits qui se creusent et l’apparition de 900.000 nouveaux pauvres.
Des choix économiques contestés
Les Français n’ont pas voté en 2012 pour la politique économique de « l’offre », même dite « socialiste », ni la baisse du « coût du travail » qui n’est que l’autre nom du dumping social. Ils n’ont pas voté non plus pour continuer une politique d’austérité qui préconise 50 milliards de coupe budgétaire. La revalorisation négligeable des minimas sociaux ne concourt pas à les rassurer, pas plus que l’allongement des cotisations retraite. D’ailleurs, la consommation des ménages recule maintenant pour le 4eme mois consécutif. La crise s’étend un peu plus tous les jours.
 « L’adversaire », la Finance, reste par contre bien présente et la réforme bancaire est totalement insuffisante : la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires n’a pas eu lieu. Les évasions fiscales, légales et illégales continuent. A ce jour, la taxe sur les transactions financières au niveau européen est mise à mal. Pendant ce temps, les 500 plus grandes fortunes économiques de France ont augmenté leur patrimoine de 25% en 2013, et la somme des dividendes versés par les entreprises est deux fois et demie supérieure à celle consacrée à l’investissement.  C’est pourtant là que se trouvent les marges de manœuvre financières pour une véritable politique de gauche.
Le plus grave reste l’échec de la politique de l’emploi qui n’apporte aucune solution crédible au chômage de masse. Nous sommes convaincus que les 30 milliards d’exonérations fiscales accordées aux entreprises ne permettront pas l’embauche massive suffisante pour surmonter durablement le chômage de masse. Les entreprises emploient lorsqu’elles ont des perspectives de ventes, ce que ne permet pas l’austérité. Cette politique, face à la préoccupation n°1 des Français, est suicidaire, comme il a été suicidaire d’annoncer une inversion sans cesse repoussée de la « courbe du chômage ». Ces choix ne peuvent que favoriser une hausse constante et significative de l’abstention lors des prochaines échéances électorales et pousser toujours plus dans les bras du Front national une population livrée à la désespérance.
Un dialogue rompu
L’ampleur stupéfiante de la défaite de la gauche est révélatrice de l’incompréhension entre les citoyens, les élus locaux, les responsables du PS et les dirigeants de notre pays. Ces derniers, et François Hollande lui-même l’a admis, n’ont pas pris la pleine mesure de la crise économique, du chômage et de la précarité frappant huit millions de français qui ne voient aucune perspective de redressement. Ils se sont coupés de leur base populaire qui les rend désormais responsables de la situation.
Avec d’autres, les membres du Bureau National et du Conseil National de la motion 4, ainsi que ses représentants dans les fédérations, n’ont pourtant cessé d’alerter la direction du Parti Socialiste et d’interpeller les membres du gouvernement, leur soumettant analyses, constats et propositions. C’est donc sans surprise que nous constatons la débâcle électorale des municipales et intercommunalités, qui entraînera probablement la perte des départements, des régions et du Sénat.

Faire renaître l’espoir
Cette débâcle se reproduira d’abord lors des toutes prochaines élections Européennes. Pour l’éviter, les socialistes doivent porter un projet qui mette un terme au déficit majeur de démocratie dans une Europe hors-sol déterminant seule le niveau d’austérité de notre politique budgétaire. les socialistes doivent aussi contrer le sentiment très répandu chez les électeurs de leur impossibilité de peser sur cette orientation.
Si des éléments positifs sont à retenir dans la politique menée par notre gouvernement dans les domaines de l’éducation, de la justice, du soutien des jeunes, de l’industrie et dans le domaine sociétal, il est urgent et nécessaire que la politique économique et sociale soit complètement revue.
L’espoir pourra renaitre, en premier lieu, par la construction d’une démocratie plus lisible et efficace avec de nouvelles attributions renforçant le parlement européen, en second lieu, par la nécessité de renforcer les politiques communes sur la zone euro.
C’est en menant une politique réaliste et ambitieuse que nous apporterons une solution à la crise systémique. Notre modèle de développement n’est pas seulement à bout de souffle, il entre en contradiction avec les enjeux de l’époque. Le chômage de masse ne pourra pas être vaincu sans partage du travail, la crise écologique ne trouvera pas d’issue sans un engagement résolu dans la transition énergétique et la mise en œuvre d’une économie circulaire. Les inégalités ne pourront être réduites sans une nouvelle répartition des richesses. Enfin, les investissements d’avenir ne pourront pas avoir lieu sans que soient « arraisonnées » la Finance et ses dérives comme l’avait promis François Hollande.
Le remaniement ne doit pas consister seulement à changer les hommes et continuer comme avant. Une politique de gauche courageuse doit être mise en œuvre maintenant et très  rapidement.
Pour nous, les marges de manœuvre financières venant accroitre les recettes budgétaires et augmenter les possibilités d’investissements sont cruciales, pour une véritable politique de gauche (évasions fiscales, légales et illégales, taxe sur les transactions financières au niveau européen, séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires, révolution fiscale). Elles contribueront, d’une part, à cette régulation morale si indispensable de la finance et, d’autre part, permettront, à hauteur de plusieurs milliards d’euros, de lancer les investissements long terme qui créeront de l’activité économique et de l’emploi.
S’il doit y avoir une priorité absolue : C’est celle-là. C’est elle qui permettra une redistribution plus juste et plus solidaire des ressources et des richesses. 
Nous demandons donc que soient débattues d’urgence les solutions à cette crise systémique et que le Parti Socialiste tienne pleinement sa place dans ce débat, et redevienne force de proposition.
Les premières signatures.
Libia Acero-Borbon (membre du Conseil National du PS), Patrick Ardoin (membre du Bureau National du PS), Georges Ben Samoun (membre du Conseil National du PS), Marie Bidaud (membre du Bureau National du PS), Christian Bouchard (militant engagé dans les structures du PS), Henri Chazelle (membre du Conseil National du PS), Vincent Coppolanni (militant engagé dans les structures du PS), Christophe Delgéry (militant engagé dans les structures du PS), Rémi Demersseman (membre du Conseil National du PS), Laure Durand (membre du Conseil National du PS), Marcel Ferreol (militant engagé dans les structures du PS), Hervé Guillaumot  (membre du Conseil National du PS), Bertrand Laforge (membre du Conseil National du PS), Frédéric Lutaud (membre du Bureau National du PS), Abdoulaye Mbengue (sympathisants de gauche), Thomas Petit (membre du Conseil National du PS et délégué Europe motion 4), Sébastien Picaud (militant engagé dans les structures du PS), Seti Reyes (membre suppléant du Conseil National du PS),  Pierre-Yves Schanen (militant engagé dans les structures du PS), Jérôme Verger (militant engagé dans les structures du PS).
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