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Manifeste pour une union politique de l’euro

A quelques semaines des élections européennes, et compte-tenu du délabrement économique et de ses conséquences démocratiques, nous pensons nécessaire que les citoyens puissent se rassembler pour un sursaut démocratique et économique de l’Europe. 

Dans ce contexte, nous rejoignons les premiers signataires du « Manifeste pour une union politique de l’Euro » que vous trouverez ci-après. Ce manifeste met en avant plusieurs propositions que nous défendions déjà au dernier congrès du PS : 

  • l’instauration d’un impôt harmonisé sur les sociétés, permettant au parlement européen de disposer de son propre budget et de mettre fin au dumping fiscal en Europe, 
  • la création d’un parlement de la zone euro,
  • la nécessaire mutualisation des dettes publiques, les modalités techniques pouvant être toutefois discutées (mettre en commun toutes les dettes en dessous de 60% plutôt qu’au dessus nous paraît à la fois plus simple et plus juste).

Nous appelons chaque citoyenne, chaque citoyen, à le découvrir, le lire puis le signer.


Manifeste pour une union politique de l’euro


Cliquer ici pour le signer directement

Premier(e)s signataires

Florence Autret, auteur et journaliste ; Antoine Bozio, directeur de l’Institut des Politiques Publiques ; Julia Cagé, économiste à Harvard, Ecole d’économie de Paris ; Daniel Cohen, professeur à l’Ecole normale supérieure et à l’Ecole d’économie de Paris; Anne-Laure Delatte, économiste au CNRS, université Paris X et OFCE ; Brigitte Dormont, professeur à l’université Paris Dauphine ; Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives Economiques ; Philippe Frémeaux, président de l’institut Veblen ; Bruno Palier, directeur de recherches au CNRS, Sciences Po ; Thierry Pech, directeur général de Terra Nova ; Thomas Piketty, directeur d’études à l’EHESS, professeur à l’Ecole d’économie de Paris ;Jean Quatremer, journaliste; Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, directeur d’études à l’EHESS ; Xavier Timbeau, directeur du département Analyse et prévision, OFCE, Sciences Po ; Laurence Tubiana, professeur à Sciences Po, présidente de l’Iddri

L’Union européenne traverse une crise existentielle, comme vont bientôt nous le rappeler brutalement les élections européennes. Cela concerne au premier chef les pays de la zone euro, enferrés dans un climat de défiance et une crise de la dette qui est très loin d’être terminée, alors que le chômage persiste et que la déflation guette. Rien ne serait plus faux que de s’imaginer que le plus dur est derrière nous.
C’est pourquoi nous accueillons avec le plus grand intérêt les propositions formulées à la fin de l’année 2013 par nos amis allemands du groupe de Glienicke en vue d’un renforcement de l’union politique et budgétaire des pays de la zone euro. Seuls, nos deux pays ne pèseront bientôt plus grand chose dans l’économie monde d’aujourd’hui. Si nous ne nous unissons pas à temps afin de porter notre modèle de société dans la mondialisation, alors la tentation du repli national finira par l’emporter, et engendrera des frustrations et des tensions à côté desquelles les difficultés de l’union sembleront joyeuses. Par certains côtés, la réflexion européenne est beaucoup plus avancée en Allemagne qu’en France. Economistes, politistes, journalistes, et avant tout citoyen(ne)s français(es) et européen(ne)s, nous n’acceptons pas la résignation qui tétanise actuellement notre pays. Par cette tribune, nous voulons contribuer au débat sur l’avenir démocratique de l’Europe et pousser plus loin encore les propositions du groupe de Glienicke.

Zone euro : un entre-deux intenable

Il est temps de le reconnaître : les institutions européennes actuelles sont dysfonctionnelles, et doivent être repensées. L’enjeu central est simple: il faut permettre à la démocratie et la puissance publique de reprendre la main, afin de réguler efficacement le capitalisme financier mondialisé du 21e siècle, et de mener les politiques de progrès social qui manquent cruellement à l’Europe actuelle. Une monnaie unique avec 18 dettes publiques différentes sur lesquels les marchés peuvent librement spéculer, et 18 systèmes fiscaux et sociaux en concurrence débridée les uns avec les autres, cela ne marche pas, et cela ne marchera jamais. Les pays de la zone euro ont fait le choix de partager leur souveraineté monétaire, et donc de renoncer à l’arme de la dévaluation unilatérale, sans pour autant se doter de nouveaux instruments économiques, sociaux, fiscaux et budgétaires communs. Cet entre-deux est la pire des situations.
Il ne s’agit pas de mettre en commun la totalité de nos impôts et de nos dépenses publiques. Trop souvent, l’Europe actuelle se montre stupidement intrusive sur des sujets secondaires (comme le taux de TVA sur les coiffeurs et les clubs hippiques), et pathétiquement impuissante sur les sujets importants (comme les paradis fiscaux ou la régulation financière). Il faut renverser l’ordre des priorités : moins d’Europe sur les sujets sur lesquels les pays membres se débrouillent très bien tout seuls ; plus d’Europe quand l’union est indispensable.

Un impôt commun sur les sociétés

Concrètement, notre première proposition est que les pays de la zone euro, à commencer par la France et l’Allemagne, mettent en commun leur impôt sur les bénéfices des sociétés (IS). Seul, chaque pays se fait berner par les multinationales de tous les pays, qui jouent sur les failles et les différences entre législations nationales pour ne payer aucun impôt nulle part. En cette matière, la souveraineté nationale est devenue un mythe. Pour lutter contre l’optimisation fiscale, il faut donc déléguer à une instance souveraine européenne le soin de déterminer une assiette commune aussi large que possible et rigoureusement contrôlée. On peut imaginer que chaque pays continue de fixer son propre taux d’IS sur cette assiette commune, avec un taux minimal de l’ordre de 20%, et qu’un taux additionnel soit prélevé au niveau fédéral, de l’ordre de 10%. Cela permettrait d’alimenter un budget propre de la zone euro, de l’ordre de 0,5% à 1% du PIB.
Comme l’indique à raison le groupe de Glienicke, une telle capacité budgétaire permettrait à la zone euro d’impulser des actions de relance et d’investissement, notamment en matière d’environnement, d’infrastructures et de formation. Mais contrairement à nos amis allemands, il nous semble essentiel que ce budget de la zone euro soit alimenté par un impôt européen, et non par des contributions des Etats. En ces temps de disette budgétaire, la zone euro doit démontrer sa capacité à lever l’impôt de façon plus juste et plus efficace que les Etats, faute de quoi les peuples ne lui donneront pas le droit de dépenser. Au delà, il faudra généraliser très rapidement au sein de la zone euro l’échange automatique d’informations bancaires et engager une politique concertée de rétablissement de la progressivité de l’impôt sur les revenus et les patrimoines. Tout en menant en commun une politique active de lutte contre les paradis fiscaux externes à la zone. L’Europe doit permettre d’apporter de la justice fiscale et du volontarisme politique dans la mondialisation: c’est le sens de notre première proposition.

Un parlement pour la zone euro

Notre seconde proposition, la plus importante, découle de la première. Pour voter l’assiette de l’impôt sur les sociétés, et plus généralement pour débattre et adopter démocratiquement et souverainement les décisions fiscales, financières et politiques que l’on décidera à l’avenir de mettre en commun, il faut instituer une Chambre parlementaire de la zone euro. Nous rejoignons là encore nos amis allemands du groupe de Glienicke, qui hésitent cependant entre deux formules : soit un parlement de la zone euro regroupant les membres du parlement européen des pays concernés (une sous-formation du parlement européen réduite aux pays de la zone euro); soit une Chambre nouvelle, fondée sur la réunion d’une partie des députés des parlements nationaux (par exemple, 30 députés français issus de l’Assemblée nationale, 40 députés allemands issus du Bundestag, 30 députés italiens, etc., en fonction du poids démographique de chaque pays, suivant un principe simple: un citoyen une voix). Cette seconde solution, qui reprend l’idée de « Chambre européenne » formulée par Joschka Fisher en 2011, est selon nous la seule formule permettant d’avancer vers l’union politique. Il est en effet impossible de déposséder complètement les parlements nationaux de leur pouvoir de voter l’impôt. C’est au contraire en s’appuyant sur les souverainetés parlementaires nationales que l’on peut bâtir une souveraineté parlementaire européenne partagée.

Une architecture vraiment démocratique

Dans ce schéma, l’Union européenne comporterait deux chambres : le Parlement européen actuel, élu directement par les citoyens des 28 pays ; et la Chambre européenne, représentant les Etats au travers de leurs parlements nationaux. La Chambre européenne ne concernerait dans un premier temps que les pays de la zone euro souhaitant aller vers davantage d’union politique, fiscale et budgétaire. Mais elle aurait vocation à accueillir tous les pays de l’UE acceptant d’aller dans cette voie. Un ministre des finances de la zone euro, et à terme un véritable gouvernement européen, seraient responsable devant la Chambre européenne.
Cette nouvelle architecture démocratique de l’Europe nous permettrait enfin de sortir de l’inertie actuelle, et du mythe selon lequel le Conseil des chefs d’Etat pourrait tenir lieu de seconde Chambre représentant les Etats. Cette mauvaise fable signe l’impuissance politique de notre continent : il est impossible de représenter un pays par une seule personne, sauf à se résigner au blocage permanent qu’impose l’unanimité. Pour passer enfin à la règle de la majorité sur les décisions fiscales et budgétaires que les pays de la zone euro choisiront de mettre en commun, il faut créer une véritable Chambre européenne, où chaque pays serait représenté par des députés représentant tous les bords politiques, et non par leur seul chef d’Etat.

Mutualiser partiellement les dettes

Notre troisième proposition concerne directement la crise de la dette. Notre conviction est que la seule façon d’en sortir définitivement est de mettre en commun les dettes des pays de la zone euro. Faute de quoi la spéculation sur les taux d’intérêt recommencera encore et toujours. C’est également la seule façon pour que la BCE puisse mener une politique monétaire efficace et réactive, à l’image de la Federal reserve américaine (qui aurait elle aussi bien du mal à faire son travail correctement si elle devait arbitrer chaque matin entre la dette du Texas, du Wyoming et de la Californie). La mutualisation des dettes a de facto déjà commencé avec le Mécanisme Européen de Stabilité, l’Union Bancaire en gestation, ou les OMT de la Banque centrale, qui impliquent d’une façon ou d’une autre les contribuables de la zone euro. La légitimité démocratique de ces mécanismes doit être clarifiée au plus vite.
Il faut maintenant aller plus loin et repartir pour cela de la proposition de « fonds de rédemption des dettes européennes » faite fin 2011 par le conseil des économistes conseillant la chancellerie allemande, visant à mettre en commun toutes les dettes dépassant 60% du PIB dans chaque pays, et lui ajouter un volet politique. On ne peut en effet décider vingt ans à l’avance à quel rythme un tel fonds sera ramené à zéro. Seule une instance démocratique, à savoir la Chambre européenne issue des parlements nationaux, sera à même de fixer chaque année le niveau du déficit commun, en fonction notamment de l’état de la conjoncture.
Les choix qui seront faits par cette instance seront parfois plus conservateurs, et parfois plus libéraux, que ceux que nous souhaiterions personnellement. Mais ils seront pris de façon démocratique, à la règle de la majorité, au grand jour. Certains à droite souhaiteraient que ces décisions budgétaires soient cantonnées à des instances post-démocratiques ou figées dans le marbre constitutionnel. D’autres à gauche voudraient avoir la garantie que l’Europe mènera pour toujours la politique progressiste de leur rêve avant d’accepter tout renforcement de l’union politique. Ces deux écueils doivent être dépassés si l’on veut sortir de la crise actuelle.

Un moyen d’aller plus loin ensuite

Trop souvent, le débat sur les institutions politiques européennes est repoussé comme technique ou secondaire. Mais refuser de débattre de l’organisation de la démocratie, c’est en vérité accepter la toute-puissance des forces du marché et de la concurrence. C’est abandonner tout espoir que la démocratie reprenne le contrôle du capitalisme au 21e siècle. Car ce nouvel espace de décision est crucial pour le destin de la zone euro. Au-delà des questions macroéconomiques ou budgétaires, nos modèles sociaux sont un bien commun qu’il s’agit à la fois de préserver et d’adapter mais également d’utiliser pour nous projeter avec succès dans la mondialisation. De la convergence des systèmes fiscaux à celle qui prend de plus en plus de force d’investissement social, les initiatives du couple Franco-Allemand ou les coopérations renforcées ne suffisent plus. L’Europe à 28 tarde sur ces sujets à traduire le consensus en actes et se contredit lorsqu’il s’agit de mobiliser des moyens. Une Chambre Européenne serait le lieu de décisions, dont les conséquences en termes de déficit public ou de transfert entre Etats seraient assumées parce que les droits et les devoirs associés à la mise en commun seraient explicités. Le champ est large et on peut rêver que des sujets qui peinent aujourd’hui puissent être débattus et tranchés : co-détermination à l’Allemande qui en associant les salariés aux décisions stratégiques de l’entreprise semble avoir été un atout considérable pour conserver un tissu productif cohérent ; accueil de la petite enfance de qualité et accessible à tous ; formation et qualification de tous tout au long de la vie ; harmonisation des législations sociales ; lutte contre le changement climatique par un prix significatif des émissions de CO2…

On peut changer les traités

Beaucoup s’opposeront à nos propositions en arguant du fait qu’il est impossible de modifier les traités, et que le peuple français ne veut pas d’un approfondissement de l’intégration européenne. Ces arguments sont faux et dangereux. Les traités sont modifiés en permanence, et ils l’ont encore été en 2012 : l’affaire fut réglée en guère plus de 6 mois. Malheureusement, il s’agissait d’une mauvaise réforme des traités, qui n’a fait qu’approfondir un fédéralisme technocratique et inefficace. Clamer que l’opinion n’aime pas l’Europe actuelle, et en conclure qu’il ne faut rien changer d’essentiel à son fonctionnement et aux institutions en place, est une incohérence coupable. Lorsque de nouvelles propositions de réformes des traités viendront du gouvernement allemand, dans les mois qui viennent, rien ne dit qu’elles seront plus satisfaisantes que celles de 2012. Plutôt que d’attendre les bras ballants, il est nécessaire qu’un débat constructif s’engage aujourd’hui en France, pour que l’Europe devienne enfin sociale et démocratique.

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capital

La lutte des classes est terminée, les riches l’ont gagnée ! par Michel Santi


Warren Buffet (qui pèse 58 milliards de dollars) ne plaisantait pas. Il nous avait prévenu dès 2006 – avant la crise – que les riches étaient en train de gagner. Dans une interview accordée à l’époque au New York Times, il avait reconnu qu’une « lutte des classes » faisait rage, tout en précisant : « c’est ma classe, les riches, qui a déclaré cette guerre et c’est elle qui est en train de la remporter » ! … avant de confirmer en 2011 que cette guerre avait bel et bien été gagnée : « they won » – ils ont gagné. Du reste, les faits lui donnent raison car, s’il fut approprié un temps d’évoquer les fameux « 1% » les plus privilégiés, certaines fortunes ont pu croître de manière exponentielle à la faveur même de la crise.
C’est ainsi que l’O.N.G. Oxfam a tout récemment démontré comment 85 individus (oui 85 !) se trouvent être aussi riches que la moitié de la population mondiale ! En somme, il y a les « riches » mais il y a également les « méga riches » : c’est-à-dire les 0.01% qui, à eux seuls, sont encore plus riches que les 1%, tout en payant moins d’impôts que les 1% ! C’est un peu comme si ces fortunes généraient à leur tour davantage de fortune et, ce, de manière quasi mécanique. Du reste, les 6’000 milliards de dollars gagnés par les envolées boursières de 2013 n’ont évidemment profité qu’à cette infime minorité.
On comprend mieux, dès lors, l’arrogance des plus dignes représentants de ces hyper-privilégiés, à l’instar du grand patron américain d’une marque d’habits de luxe, Bud Konheim, qui s’est exclamé que les pauvres devraient « arrêter de se plaindre » de leur condition. Ou la suffisance du milliardaire Kevin O’Leary quand il déclare que les inégalités sont une « nouvelle fantastique », car elles motivent « le pauvre à regarder en haut vers les 1% et à se dire : je veux faire partie de ces gens » … Et pourquoi ne pas évoquer Tom Perkins, magnat des fusions-acquisitions, qui revendique pour les riches un droit de vote plus important que pour le reste de la population ?! Et qui prône le retour au suffrage censitaire, aboli en France en 1848.
De même convient-il de ne pas négliger les revenus pharamineux des directions générales des grosses entreprises, qui placent incontestablement cette élite dirigeante dans le cercle très fermé des 1%, contribuant par là même à les isoler de leurs salariés. Car c’est un discours tout aussi effronté qui est servi par les Présidents-Directeurs Généraux des entreprises et des banques qui, pour justifier leurs salaires et leur bonus indécents, indiquent que ceux-ci ont été préalablement avalisés par leur conseil d’administration. Le tout dans une consanguinité aberrante où ceux-là même qui approuvent ces rémunérations reçoivent à leur tour des indemnités approuvées par ce même P.-D. G., tout en étant eux-mêmes patrons d’autres entreprises, poste qu’ils cumulent avec celui de membre de plusieurs conseils d’administration !
Comment expliquer, sinon, que le CEO de JP Morgan Chase, Jamie Dimon, ait vu son salaire augmenter de 74% cette année… alors même que la banque dont il est le gourou a dû payer 20 milliards de dollars au régulateur US pour de multiples infractions ? Ne voilà-t-il pas que, au lieu de le saquer, ses pairs lui accordent une belle augmentation de salaire… faisant dire à certains esprits chagrin que, alors que le commun des mortels qui vole une banque est incarcéré pendant 10 ans, le Président d’une banque qui vous vole reçoit, pour sa part, 10 millions !
Ces personnages évoluent donc dans un univers parallèle caractérisé par une impunité quasi parfaite, déplorée en haut lieu par un exécutif impuissant ayant fait dire au Ministre de la Justice américain, Eric Holder, que les Présidents des « Too Bigs To Fail » – les mastodontes bancaires – étaient eux-mêmes des « Too Bigs To Jail », c’est-à-dire trop importants pour être emprisonnés… Exécutif désemparé à l’image de Lawrence Summers, ancien Sécrétaire au Trésor et ancien conseiller économique du Président Obama, qui a coup sur coup écrit deux tribunes dans le Washington Post et dans le Financial Times, requérant vigoureusement contre les inégalités et avertissant que notre monde reprenait ses mauvais plis d’avant la crise.
Car la croissance ne permet plus aujourd’hui, pour reprendre Summers, d’ »améliorer les revenus de la classe moyenne et de lutter contre la pauvreté ». Il est donc vital de revaloriser les salaires, de réformer la fiscalité et de lutter contre l’évasion fiscale. Quitte à « persécuter » les riches, pour reprendre une expression tout récemment employée par le même Tom Perkins cité plus haut, qui vient de faire scandale en comparant le sort fait aujourd’hui aux riches à l’Holocauste des juifs pendant la seconde guerre mondiale !
Article publié sur le blog de Michel Santi : http://www.gestionsuisse.com/
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Le taux de marge est-il trop bas ?, par Thomas Petit et Rémi Demersseman-Pradel, co-fondateurs de l’association NVS

 » DECRYPTAGE  » est une news hebdomadaire qui analyse une thèmatique de l’actualité économique ou politique du moment, le week-end. Pour s’inscrire, cliquez ici.  


Nous entendons partout dans la presse qu’il faudrait baisser le coût du travail pour faire remonter un taux de marge trop bas pour investir. Mais qu’est-ce que le taux de marge ? Pourquoi est-il bas ? Quel impact sur l’économie ? Baisser le coût du travail permettra-t-il de relever ce taux de marge ?

Définition
Le taux de marge est le rapport entre l’excédent brut d’exploitation (EBE) et la valeur ajoutée d’une entreprise (VA). L’EBE est supposé permettre de dégager des ressources pour investir. Un taux de marge trop bas serait donc la cause d’un ralentissement de l’investissement et, par conséquence, un danger pour l’Economie et le futur des entreprises.

Conséquences d’un faible taux de marge
La faiblesse du taux de marge des entreprises est supposée expliquer la faiblesse de la France dans le commerce international, et son faible taux d’emploi.

En réalité, le taux de marge est une donnée partielle pouvant expliquer l’investissement mais ce n’est pas l’alpha et l’omega des résultats micro et macro-économique d’une entreprise ou d’un pays.

C’est particulièrement visible lorsqu’on compare les performances de la France et de l’Allemagne depuis 2007. Ainsi, alors que l’Economie allemande est réputée mieux progresser que l’Economie française, le graphique suivant démontre que, depuis 2007, la baisse du taux de marge allemand est plus importante qu’en France. Il n’y a donc pas de lien total entre les taux de marge et santé de l’Economie.



Causes prétendues
Selon le MEDEF, le taux de marge est bas en raison d’un coût du travail trop important. La simple lecture du graphique ci-dessous vient contredire ce point. Depuis 30 ans, la productivité explose (+80%) pour des salaires quasi-stables (+8%). Il est aisé de comprendre que, ce faisant, les salaires ne jouent pas le rôle principal dans la baisse des marges.

La forte baisse des prélèvements obligatoires des entreprises, que ce soit au niveau des cotisations ou des impôts, ainsi que la faible hausse du SMIC (+12,9% depuis 2007 contre 26,5 entre 2001 et 2007[1]) confirment ce point, de même que la défiscalisation des heures supplémentaires, qui a diminué le prix du travail lors des montées en charge dans les entreprises les moins touchées par la crise.

Il est donc étonnant, ou idéologique, de mettre la baisse du taux de marge sur le dos du coût du travail.
Causes réelles
A l’inverse, les ventes ont fortement diminué. A niveau égal, la part des coûts fixes, comme les salaires ou les loyers, augmente donc par rapport au chiffre d’affaires, dépendant du nombre de biens et services vendus, et le taux de marge diminue de manière quasi-continue depuis 2007.

Si un coût du travail trop élevé ou une compétitivité en berne n’en sont pas les causes, l’origine tient plutôt à une crise des carnets de commande, provenant d’un manque de demande intérieure autant qu’extérieure.

Une autre explication est également trouvée, comme l’explique l’économiste Philippe Askenazy[2], dans la volonté des dirigeants d’entreprises multinationales de réduire au minimum leur fiscalité en France. En optimisant leurs comptes entre filiales internationales, en réduisant arbitrairement leur taux de marge en France, ils réduisent leur imposition locale. La baisse du taux de marge est donc artificiellement créée afin de bénéficier d’une optimisation fiscale. Ne pas faire de marge pour ne pas verser d’argent à l’Etat…
Conséquences des politiques menées
Afin de faire augmenter le taux de marge des entreprises, l’Etat a choisi de faire baisser le coût du travail, via des réductions de cotisations. C’est donc le budget de l’Etat qui est réduit, au bénéfice du taux de marge des entreprises. Ce qui implique des moyens réduits, pour l’Etat et les collectivités locales.

Vu que le taux de marge dépend au moins autant du coût du travail que de la possibilité pour les entreprises d’écouler leur production, nous ne pouvons être que circonspects quant à la possible réussite d’une telle démarche. Touchant aux ressources de notre Etat, les conséquences négatives en seront par contre certaines.
Une autre voie est possible. Une Nouvelle Voie Socialiste.



[1]http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?ref_id=NATnon04145
[2]http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/02/17/faut-il-pleurer-sur-les-marges_4367845_3234.html

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Pourquoi les monnaies régionales ? Découvrez-le à travers la Mipys

L’objectif d’une monnaie régionale est le soutien à l’activité et l’emploi local. En Midi-Pyrénées, cette monnaie s’appelle la MIPYS. Elle permet de financer, à taux zéro, des investissements liés au développement durable.
La monnaie entre en circulation par trois moyens : l’achat volontaire, l’attribution de prêts et la compensation entre entreprises. Sur Midi-Pyrénées, les prêts sont dévolus à la rénovation énergétique de particuliers, de TPE, PME, ou de collectivités.
Les enjeux d’une monnaie régionale
Le conseil scientifique de la première expérimentation doit avoir pour points de mesure les seuils de 1M€ et 10M€ en monnaie régionale mis en circulation.
Les monnaies complémentaires en Europe ont des taux de rotation qui vont 1,5 à 13 fois par an. Le premier objet sera donc de vérifier celui de la monnaie créée. L’euro tourne lui environ 3 fois par an.
Si on prend pour hypothèse 10M€ qui tourneraient 4 fois par an, cela représenterait 40M€, soit l’équivalent de 530 emplois à temps plein. Dans le cadre d’un financement de la rénovation énergétique le coût moyen serait de 10 k€, ceci représenterait donc un millier de rénovations.
Une phase d’extension de la monnaie passerait par la mise en circulation de l’équivalent de 100€ par habitant en monnaie complémentaire. Pour Midi-Pyrénées, ceci représenterait 300 M€ en Monnaie régionale. Si la durée moyenne de financement est de 5 ans, ce sont 6.000 rénovations par an qui seraient ainsi financées et  avec la même hypothèse que précédemment de 4 rotations annuelles, ce sont de 15 à 20.000 emplois sur la région.
Bilan énergétique. : si les logements rénovés sont les plus énergivores, on diminuerait la consommation de 25% par un tel investissement. A terme, ce mode de financement permettrait de diminuer de 15à 20% par an la consommation des foyers de la région.
Enfin le dernier enjeu de cette monnaie passe par sa gestion qui ne sollicite pas de contributions publiques. Les ressources de la structure seront :
  • les frais de gestion des comptes,
  • Le coût sur les transactions informatiques,
  • Les cotisations d’adhésions à la SCIC,
  • Le placement des fonds nantis.

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