IMPOSITION-DES-DIVIDENDES-2011

Comment rhabiller la banque

par Jézabel Couppey-Soubeyran , le 16 septembre
Deux spécialistes de la finance publient un ouvrage essentiel qui critique les réformes bancaires actuelles jugées très insuffisantes, déconstruit les arguments habituels contre la hausse des fonds propres des banques et propose une solution simple et efficace pour rendre le système bancaire plus sûr.

« Les fonds propres coûtent cher » ; « Si l’on contraint les banques à respecter des ratios de fonds propres plus élevés, on aura moins de prêts et donc moins de croissance ! » ; « Ce n’est pas le moment de renforcer la réglementation ! » ; « Notre industrie financière perdra la compétition internationale si on la soumet à des règles plus strictes », etc. Que valent ces arguments sans cesse mobilisés par les banques et leurs lobbies pour résister aux réformes financières ? Rien, répondent Anat Admati et Martin Hellwig. Pour ces deux éminents professeurs de finance, respectivement à Stanford (Calfornie, USA) et à l’Institut Max Planck (Bonn, Allemagne), ces arguments sont fallacieux et n’ont pas plus d’épaisseur que les « habits neufs de l’empereur » dans le conte éponyme d’Andersen. Ces faux arguments sont de « faux habits » : les banquiers sont nus (comme sur la couverture de l’ouvrage).

S’ils ne valent rien, pourquoi alors ces arguments ne sont-ils pas plus souvent démontés ? Parce que les lobbies bancaires ont un bouclier magique qui n’est autre que la mystique qui entoure l’activité bancaire et financière. Le sujet est spécial, complexe, alors on craint de ne pas comprendre et cela rend d’autant plus crédule et malléable face à ceux qui ont l’expérience quotidienne de cette activité et en revendiquent l’expertise. Il est vrai que le fonctionnement des banques est particulier, mais pas au point de défier les principes élémentaires de l’économie et de la finance. Ces principes, Anat Admati et Martin Hellwig les rendent accessibles tout au long de leur ouvrage pour faire comprendre à un large public comment fonctionnent les banques, ce qui ne va pas et ce qu’il faudrait faire pour les rendre plus saines et plus solides. L’ouvrage est nourri de nombreux exemples (ceux chiffrés n’effrayeront pas le néophyte et pourront constituer d’excellents outils pédagogiques pour qui doit faire comprendre le bilan d’une banque).
La mauvaise nouvelle que nous apportent Anat Admati et Martin Hellwig est que les réformes financières entreprises jusqu’à présent pour répondre à la crise (accords de Bâle III signés en 2010, loi Dodd-Frank promulguée en 2010 aux États-Unis, etc.) ne changeront pas grand chose au fonctionnement du secteur bancaire et financier et ne nous mettent donc pas à l’abri d’une prochaine crise. La bonne nouvelle est qu’il est pourtant possible d’agir. À la différence des tremblements de terre dont on ne peut que réparer les dégâts après coup, on peut prévenir les crises financières. Celles-ci ne sont pas inévitables. Avec clarté, perspicacité et pugnacité, Anat Admati et Martin Hellwig montrent la voie à suivre.
Plus de fonds propres et moins de dette
Il faut exiger des banques qu’elles aient plus de fonds propres et moins de dette à leur passif. Les fonds propres sont les ressources qui permettent d’absorber les pertes. Ils constituent aussi une richesse nette qui n’est due à personne. Ainsi, plus une entreprise a de fonds propres et plus elle capable de faire face aux difficultés qui peuvent advenir en cas de mauvais choix d’investissement, de dégradation de la conjoncture, de baisse des prix d’actifs, etc. En bref, plus elle est solvable. Les banques ne s’y trompent pas d’ailleurs : quand elles prêtent à leurs clients, elles exigent d’eux 20 à 30% d’apport, c’est-à-dire de ressources propres. Mais les banques sont très loin d’appliquer à elles-mêmes ce qu’elles demandent aux autres. Avec environ 90% de dettes en moyenne à leur bilan, les banques détiennent au mieux 10% de fonds propres (en pourcentage de leurs actifs) – et souvent 5%, voire moins.
Or, comme nous l’expliquent les auteurs, cela n’a pas toujours été le cas. Dans la première moitié du XIXe siècle, les banquiers opéraient en associés (partners) à responsabilité illimitée (redevables envers leurs créanciers sur leurs propres actifs nets). Jusqu’au milieu du XIXe siècle, les niveaux de capitaux propres atteignaient 40 à 50% du total de l’actif de la banque. Au début du XXe siècle, ils étaient encore de 20 à 30%. La responsabilité illimitée n’a cependant pas empêché les ruées aux guichets des banques et de lourdes pertes pour les créanciers du fait notamment de l’existence du régime de faillite personnelle. La réponse des gouvernants a été de mettre en place la garantie des dépôts et de faire intervenir plus systématiquement la banque centrale en tant que prêteur en dernier ressort.
Sans fondamentalement remettre en cause ces dispositifs qui se justifient étant donné l’effet de contagion qui accompagne généralement les crises bancaires et qui peut anéantir l’économie, Anat Admati et Martin Hellwig montrent que ce filet de sécurité dressé autour du secteur bancaire a eu pour effet de fausser le comportement des créanciers. Ces garanties explicites (garantie des dépôts) ou implicites (renflouement public en cas de problème) rassurent les investisseurs et réduisent donc le coût de l’endettement pour les banques. Dit autrement, ces garanties subventionnent la dette des banques. Or comme le démontrent parfaitement bien les auteurs – à l’aide d’un exemple qu’ils agrémentent tout au long de l’ouvrage, celui de Kate et de son emprunt hypothécaire, consenti d’abord sans caution, puis avec celle de sa tante Claire – la dette est addictive : plus on est endetté et plus on a intérêt à continuer de s’endetter plutôt que d’accroître ses ressources propres. Ainsi, les banques ont-elles accru leur niveau d’endettement à partir des années 1930 et corrélativement abaissé celui de leurs fonds propres.
C’est au tournant des années 1980-1990 que la part des fonds propres au bilan des banques a fortement chuté (6-8%), aux États-Unis comme dans d’autres pays, réduisant la solvabilité des banques à peau de chagrin. Il fallait contrer cette évolution dangereuse. Les régulateurs, réunis au sein du Comité de Bâle, ont pensé avoir trouvé une solution en imposant aux banques à la fin des années 1980 un ratio de fonds propres de 8% en pourcentage de leurs actifs (nommé « ratio Cooke » dans les accords de Bâle I en 1988 et mis en place au niveau européen en 1993). Jugé trop fruste à l’époque, en raison de pondérations reflétant mal le risque des actifs, le ratio a évolué par la suite.
Dans les années 1980-1990, la théorie économique prédisait qu’un ratio simple (fonds propres sur total des actifs) conduirait les banques à privilégier l’actif le plus risqué (et donc le plus rémunérateur) parmi deux actifs exigeant la même charge en fonds propres [1]. Par conséquent, les exigences de fonds propres n’amélioreraient pas la situation des banques. Les régulateurs ont donc cherché à calibrer plus finement les pondérations. Les accords de Bâle II (2004) sont le résultat de cette recherche de sophistication, autorisant pour cela les banques à utiliser leurs savants modèles mathématiques d’évaluation des risques. Ce que la théorie n’avait pas prévu, c’est que la sophistication est une brèche dans laquelle les banques se sont ingénieusement engouffrées pour réaliser de substantielles économies de fonds propres. Les actifs « finement » pondérés ne représentent plus qu’une fraction étroite de l’actif total.
Les accords de Bâle III (2010) se veulent plus exigeants en fonds propres véritables, c’est-à-dire capables d’absorber les pertes sans délai, en imposant un ratio de 7% de « fonds propres de base » d’ici à 2019, mais toujours en pourcentage des actifs pondérés. Or, il peut y avoir une grosse différence entre 7% de fonds propres en pourcentage de l’actif total et 7% en pourcentage de l’actif pondéré. Les exemples choisis par les auteurs parlent d’eux-mêmes : par exemple, celui de la Deutsche Bank, dont les 55 milliards de fonds propres au bilan de fin 2011 représentaient 14% des actifs pondérés par les risques de la banque (381 milliards) mais seulement 2,5% de l’actif total (2200 milliards). De manière générale, préviennent Anat Admati et Martin Hellwig, quand une banque européenne déclare avoir 10% de fonds propres durs, on peut parier que ses fonds propres représentent moins de 5% de son actif total, voire seulement 2 à 3%.

Un ratio simple de l’ordre de 20 à 30% de fonds propres
Anat Admati et Martin Hellwig préconisent donc un ratio simple, comme le « ratio de levier » (leverage ratio) prévu dans Bâle III qui rapporte les fonds propres au total des actifs (sans pondérations), mais d’un montant beaucoup plus élevé que l’outrageux 3% (Lehman Brothers satisfaisait un ratio de levier de cet ordre là avant sa faillite !) : il faut un ratio de l’ordre de 20 à 30%, au niveau de ce qu’était la part des fonds propres dans le bilan des banques au début du XXe siècle.
Là encore, les illustrations des auteurs sont éclairantes. Quand les fonds propres représentent seulement 2,5% de l’actif total, une baisse de 2,5% de la valeur des actifs suffit à épuiser les fonds propres et à provoquer l’instabilité. Si les fonds propres s’élèvent à 25%, c’est une perte de 25% de l’actif qui pourra être supportée. Une chute de 1% de la valeur des actifs absorbe le tiers des fonds propres, si ceux-ci sont seulement de 3% des actifs, mais ne les réduit que de 4% si les fonds propres représentent 25% des actifs. Et si, à la suite de la perte enregistrée, la banque veut vendre des actifs pour rétablir la relation entre ses fonds propres et ses actifs, il lui faudra vendre 32% de ses actifs si le niveau initial des fonds propres est de 3% des actifs, contre 3% seulement de ventes nécessaires si le niveau initial de ses fonds propres est de 25%. Ce petit exemple permet de comprendre l’ampleur du désendettement (« deleveraging ») et donc des cessions d’actifs nécessaires. Les banques se plaignent évidemment de cet ajustement qui s’explique néanmoins par le trop faible niveau de leurs fonds propres. Un plus haut niveau mettrait les banques en situation d’absorber des pertes plus conséquentes, épargnant par là même les contribuables, et les mettraient davantage à l’abri des douloureuses cessions d’actifs qui amplifient les baisses de prix sur les marchés financiers et n’en finissent pas de détériorer leur bilan.
Les fonds propres ne coûtent pas plus cher aux banques qu’aux entreprises non financières
Les banques détestent les fonds propres et ne ratent pas une occasion de déclarer à quel point ils leur coûtent cher. Elles préfèrent largement s’endetter plutôt que de les accroître. Mais si par nature les fonds propres étaient plus coûteux que les dettes, alors pourquoi, s’interrogent Admati et Hellwig, les entreprises non financières n’augmenteraient-elles pas elles aussi la part de leurs emprunts ? La grande différence entre les banques et les autres entreprises tient à la garantie de renflouement dont bénéficient les banques. Ce sont ces garanties qui rendent la dette moins chère pour les banques qu’elle ne l’est pour les autres entreprises.
Les lobbies des banques commettent deux grossières erreurs de raisonnement quand ils claironnent que les banques doivent servir à leurs actionnaires une rentabilité du capital (ROE, return on equity) de 15%. La première est que le taux de rendement d’une action comme celui d’une dette n’est pas fixe mais dépend du niveau de risque des investissements de l’entreprise émettrice. La seconde est que le coût des fonds propres comme celui de la dette ne peut pas être considéré isolément, le coût de l’un comme de l’autre dépend de la combinaison des deux. Une entreprise qui utilise davantage de fonds propres et moins de dette, est davantage en capacité de faire face aux aléas de ses investissements et présente donc un moindre risque pour l’investisseur, d’où une exigence de rendement moindre.
Les fonds propres ne devraient donc pas coûter plus cher si les banques doivent en avoir davantage, dans la mesure où les banques deviendront plus solvables, donc moins risquées et pourront ainsi se financer à moindre coût.
En outre, comme le montre l’un des plus fameux enseignements de la théorie financière (le théorème de Modigliani et Miller), que les banques se financent relativement plus par dette ou par fonds propres ne change rien, en théorie, à la valeur que les actionnaires ont à se répartir (le fait de couper une pizza en 4 ou 8 parts ne change pas la taille de la pizza à manger…). En pratique, ce qui change et que les banques trouvent évidemment gênant, est qu’en les obligeant à se financer davantage par des fonds propres, on les prive de l’avantage que leur procure la déductibilité des intérêts d’emprunts. Cet élément extérieur, d’ordre fiscal, également mis en évidence par Miller et Modigliani, fait entorse au résultat précédent (autant qu’à la stabilité financière), mais il ne concerne pas en soi la part relative des fonds propres dans le financement.

La croissance de l’économie ne pâtira pas d’une plus grande stabilité financière

Les lobbies bancaires savent parfaitement manipuler les esprits lorsqu’il s’agit d’évoquer les incidences d’une exigence renforcée de fonds propres. Tout d’abord ils aiment à entretenir la confusion entre les « fonds propres » et les « réserves » : il leur faut soit disant « immobiliser » des fonds propres, les « mettre de côté ». Mais les auteurs rappellent que les fonds propres ne sont ni une réserve de cash ni des sommes immobilisées (les réserves, à l’actif du bilan, viennent certes accroître les fonds propres mais ceux-ci, au passif du bilan, ne se limitent pas aux réserves). Exiger des banques qu’elles se financent davantage par fonds propres ne les contraint en rien quant à l’usage qu’elles peuvent en faire.
Alors pourquoi donc les banques parviennent-elles à laisser penser qu’en étant contraintes par un ratio de fonds propres plus élevé, elles auront moins de ressources disponibles pour l’économie ? La réponse est qu’elles font comme si il leur était rigoureusement impossible d’émettre de nouvelles actions, de mettre en réserve une partie de leurs bénéfices, de suspendre au moins pendant un temps le versement de dividendes. Anat Admati et de Martin Hellwig font à juste titre remarquer que l’entreprise Apple a longtemps refusé de distribuer des dividendes et que la valeur de ses actions se portait pourtant très bien.
Un autre « faux habit » des lobbies bancaires est qu’il y aurait forcément à arbitrer entre la croissance et la stabilité financière ; idée bien commode pour suggérer aux gouvernants de ne pas aller trop loin dans la contrainte sous peine de freiner la croissance. Cet épouvantail nous empêche de voir que c’est de l’instabilité financière que pâtit la croissance (la récession actuelle en exprime le lourd tribut) et non de la stabilité financière. Mais qu’adviendra-t-il alors de la compétitivité de l’industrie financière ? À cela Admati et Hellwig répondent qu’il faut cesser de raisonner comme si les différentes industries concouraient aux Jeux Olympiques. La métaphore d’une compétition internationale que chercherait à gagner chaque industrie est trompeuse. Car si aux JO chaque sport a sa compétition et les performances des lanceurs de poids n’ont pas d’incidence sur celles des judokas, il en va tout autrement dans une économie globale : les ressources (financières et surtout humaines) mobilisées par une industrie ne le sont pas pour d’autres. Quand l’industrie financière attire à elles les meilleurs mathématiciens, les meilleurs physiciens, ceux-ci sont-ils mieux employés à développer de savants modèles financiers qu’à poursuivre le développement des énergies propres ou des nanotechnologies ? C’est cette question là que la société doit se poser, bien plus que celle de savoir si l’industrie financière de tel ou tel pays perdra des plumes dans la compétition mondiale. La société a tout à gagner d’une plus grande stabilité financière et tant pis si l’industrie financière a un peu à y perdre, elle y perdra son embonpoint et l’économie réelle ne s’en portera finalement que mieux. Après avoir été nombreux à considérer la finance comme un moteur de la croissance, les économistes se ravisent aujourd’hui : les études récentes sur le sujet montrent qu’au-delà d’un certain seuil, le développement financier ne profite plus à la croissance et qu’il engendre au contraire de l’instabilité dont l’économie réelle pâtit [2]. Dans tous les cas, l’intérêt de la société ne se réduit pas à celui du secteur financier.
En conclusion, la grande force de la proposition de Anat Admati et Martin Hellwig est que la hausse radicale du niveau de fonds propres requis n’a rien de révolutionnaire sur le plan institutionnel. Les fonds propres sont depuis les années 1980 l’instrument favori des régulateurs. Tous les textes sont donc déjà en place, et il n’y aurait qu’un chiffre à changer. Cette augmentation forte de l’exigence de fonds propres serait la juste contrepartie des garanties que la puissance publique apporte aux banques. Il ne manque donc plus que la volonté politique pour accomplir ce changement. Mais la relation étroite que les gouvernants et les banquiers entretiennent depuis toujours la rend malheureusement bien modeste.

Notes
[1] Pour une synthèse de cette littérature voir par exemple l’article de Jean-Charles Rochet, “Capital Requirements and the Behaviour of Commercial Banks”, European Economic Review, 36, 1992, p. 1137-1178.

[2] Voir la discussion de Jean-Louis Arcand, Enrico Berkes, Ugo Panizza du 7 Avril 2011 dans les colonnes de voxeu.org autour de leur article « Too much Finance ? ».
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Pierre-Polard

Retraites : le vrai problème des retraites, c’est le chômage

Pierre Polard – Membre du Conseil National du Parti Socialiste – Motion 4
Pierre Polard

Trop souvent, lorsque l’on évoque la dépense publique, on met en avant son coût. Ce faisant, on oublie que la contrepartie de cette dépense publique est un ensemble de services : éducation, santé, transport, sécurité, allocations chômage, allocations familiales, subventions aux entreprises…La question des retraites n’échappe pas à la règle.

A chaque fois que l’on aborde la « réforme » des retraites, c’est pour mettre en avant le déficit, le caractère supposé insoutenable de notre régime par répartition.


A chaque fois que l’on aborde la « réforme » des retraites, c’est pour mettre en avant le déficit, le caractère supposé insoutenable de notre régime par répartition.
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Des résultats qu’il faut préserver…

On oublie, par exemple, que la montée en puissance de notre régime de retraites depuis l’après-guerre a permis de faire baisser le taux de pauvreté des personnes âgées de plus de 65 ans de 35% en 1970 à 10% environ aujourd’hui. C’est un résultat loin d’être négligeable ! Pour ce faire, la part des retraites dans le PIB est passée de 7,3% à 13,6% sans que cela pose de problème insurmontable à notre économie.
Aujourd’hui, il semblerait extravagant d’y consacrer un point de plus de PIB pour garantir l’équilibre du système. N’oublions pas que lapart des dividendes est, elle, passée de 3% en 1981 à 9% en 2008 sans que cela ne choque ceux qui poussent des cris d’orfraies sur le poids des dépenses publiques.
Aujourd’hui, il faudrait « faire des efforts » pour sauver les retraites. Mais les efforts n’ont-ils pas déjà été faits lors des précédentes réformes « courageuses » ? Comme le rappelle Pascal Riché, les mesures prises au détriment des retraités français entre 2010 et 2060 représentent un effort de 6 points de PIB. Même si leur niveau de vie est en moyenne comparable à celui des actifs, un retraité sur deux perçoit une pension inférieure à 1215 €. Peut-on parler de « privilégiés », comme on l’entend parfois ?
D’autant plus que le recul de l’âge légal et l’allongement des durées de cotisations déjà acté par le passé, sans parler de celui prévu à partir de 2020 par la réforme du gouvernement, implique une baisse programmée du niveau des pensions. En période de chômage, il est en effet de plus en plus difficile de remplir les conditions pour prétendre à une retraite à taux plein.
De plus en plus de salariés âgés sont ainsi contraints à rester sur le marché du travail. Une part grandissante d’entre eux va grossir les rangs des chômeurs  : fin 2011, 9,1 % des chômeurs avait 55 ans et plus, contre « seulement » 5 % en 2000.
Certes, on vit plus longtemps, il serait donc logique de travailler plus longtemps. Cet argument pourrait s’entendre si nous connaissions le plein emploi. Si tout le monde travaillait et cotisait et que pour autant le système était en déséquilibre, là il y aurait une vraie nécessité de demander à tous de travailler plus longtemps. Mais ce n’est pas le cas.Avec plus de 5 millions d’inscrits à Pôle Emploi, c’est même loin d’être le cas !
Et puis, il ne faut pas oublier que depuis 1994, l’augmentation de la durée de cotisation (3,5 années) a été supérieure à l’augmentation de l’espérance de vie à 60 ans (2,5 années). D’ailleurs l’espérance de vie « physiologique » est une chose, mais l’espérance de vie en bonne santé doit également être prise en considération. Or cette espérance de vie stagne depuis des années.
Si on regarde du côté de l’Allemagne, qui a imposé à son peuple une réforme « courageuse » de sa protection sociale depuis les réformes Hartz IV jusqu’à la réforme des retraites de la grande coalition CDU / SPD (report à 65 ans de l’âge légal), force est de constater quel’augmentation de l’espérance de vie n’est pas acquise. Ainsi, a-t-elle chutée significativement pour les plus vulnérables, ceux qui n’ont pas d’épargne pour assurer leurs vieux jours. C’est tout cela qui est en jeu dans la question des retraites.
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Un rôle de stabilisateur automatique…

A trop regarder l’aspect comptable des choses, on perd de vue que la question des retraites ne peut être réglée indépendamment du problème central de notre société : le chômage de masse. La branche vieillesse de la Sécu était à l’équilibre jusqu’en 2007.
Comme le souligne le rapport Moreau (page 45 « L’effet de la crise économique se fait sentir depuis mi-2008 et perturbe la trajectoire du système »), le déficit depuis 2008 est majoritairement dû à la hausse du chômage, liée à la crise. Comme tout le système de protection sociale, les retraites jouent un rôle de « stabilisateur automatique ». En période de crise, les recettes chutent, mais les dépenses sont maintenues, d’où un déficit mécanique et conjoncturel, mais aussi un rôle de stabilisateur de l’économie grâce au maintien du revenu de la population.
Vouloir réduire le déficit en période de crise, c’est rompre cet équilibre et entrer dans une spirale récessive. Moins de consommation, moins d’emplois, moins de ressources pour la protection sociale, aggravation des déficits…C’est le lancinant refrain que nous connaissons bien dans cette Europe engoncée dans les politiques d’austérité dont les résultats désastreux nous condamnent à l’asphyxie économique et à l’inexorable montée des tensions sociales, berceau de tous les extrémismes.
Certes le gouvernement a fait le choix d’augmenter les cotisations patronales, donc de ne pas faire reposer exclusivement le financement sur les salariés et les retraités. Mais le basculement prévu d’une partie des cotisations patronales d’allocations familiales sur la fiscalité viendra contrebalancer cette mesure, au détriment des ménages. A
u final, ce sont ces derniers qui paieront la majeure partie de l’addition. En l’absence d’une réforme fiscale ambitieuse, l’effort sera mal réparti entre les ménages, du fait d’une insuffisance de la progressivité de notre système fiscal.
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Le vrai problème des retraites, c’est le chômage…

Répétons-le, le vrai problème des retraites, c’est le chômage ! De même, les inégalités entre retraités trouvent leur origine dans le marché du travail. Vouloir prendre en compte la pénibilité dans le calcul des retraites est un principe louable.
Mais il serait préférable de s’attaquer vraiment à l’amélioration des conditions de travail : travail à temps partiel subi, explosion des troubles musculo-squelettiquesstress qui devient le quotidien de nombreux salariés…Si des réformes « structurelles » sont nécessaires, il ne s’agit pas de celles dont on nous rebat les oreilles : baisse des pensions, libéralisation du marché du travail…
Il est impératif de prendre la question du chômage et des conditions de travail à bras-le-corps. Il ne faut pas attendre un hypothétique retour de la croissance, qui, de toutes façons, n’atteindra pas durablement le niveau nécessaire pour commencer à faire baisser le chômage (1,5%).
Il est nécessaire de relancer la réflexion sur une réduction collective, négociée et organisée du temps de travail, afin de permettre à tou-te-s de travailler dans de bonnes conditions. Compte tenu de la situation actuelle, c’est sans doute le seul chemin vers le plein emploi de qualité…et vers des retraites correctement financées !

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croissance-verte

La croissance, un totem remis à zéro

Les prévisions quasi nulles du PIB français, entre -0,1% et 0,1%, impliquent de changer de modèle économique.

C’est la polémique de l’été : la France connaîtra-t-elle plus ou moins 0,1% de croissance (ou de récession) cette année ? Après avoir assuré, samedi, dans Nice-Matin, que la progression du produit intérieur brut (PIB) en 2013 «sera faible voire étale, entre moins 0,1 et plus 0,1», le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, s’est repris le lendemain au micro de RTL, expliquant ne pas avoir révisé la prévision du gouvernement, toujours calée sur + 0,1%. «Il y en aura peut-être une nouvelle le 25 septembre, au moment de la présentation du projet de loi de finances», s’est rattrapé le locataire de Bercy, dont le discours cognait quelque peu avec le volontarisme du président de la République. «Il y a quelque chose qui se passe», considérait François Hollande la semaine dernière, en revenant sur une éventuelle reprise, évoquée lors de son intervention télévisée, le 14 juillet.

Demain, c’est la publication par l’Insee d’un autre chiffre qui devrait agiter les esprits : la première estimation de la croissance au deuxième trimestre qui, après deux trimestres successifs à -0,2%, devrait être très légèrement positive. Permettant ainsi au gouvernement d’afficher, officiellement, une sortie de récession, et d’affiner au passage la prévision pour cette année (lire page 4).
«Accumulation infinie». Plus ou moins 0,1% ? «Un débat minable»,estime Patrick Artus, qui ne s’attend pas, en moyenne, à plus de 0,7% de croissance annuelle d’ici à 2020. Bref, «les discussions devraient avoir lieu sur ce que l’on peut faire d’ici dix ans», s’agace l’économiste de Natixis, qui considère que l’absence de progrès techniques dans les pays développés conduira, à long terme, à une croissance… zéro. «Le modèle d’accumulation infinie est devenu impossible, prévient pour sa part l’économiste Jean-Marie Harribey (1), de l’université Bordeaux-IV,mais le fait est passé sous silence par les adeptes de la croissance éternelle et par les hommes politiques qui ne veulent pas toucher au modèle dominant.»
La crise «n’est ni une parenthèse désenchantée ni un phénomène passager après lesquels la France et l’Europe renoueront avec la création de richesses d’antan», ajoute Jean-Paul Pollin, économiste à l’université d’Orléans.
Regrettée ou non, la forte croissance des Trente Glorieuses semble bien derrière nous. Mais à quoi sert-elle ? Et peut-on s’en passer ? La croissance économique, mesurée par l’évolution du PIB, correspond à l’augmentation de la richesse créée par un pays d’une année sur l’autre. Pourquoi, cependant, ce gâteau sur lequel vit un pays a-t-il besoin de gonfler chaque année ?
Dans le modèle actuel, un surplus de production de 1,5% minimum est indispensable pour au moins deux raisons : absorber, par les emplois créés avec cette hausse de la production, l’arrivée des nouveaux entrants sur le marché du travail (+ 136 000 en 2011), mais aussi compenser les gains de productivité dégagés par les entreprises. En dessous de ce seuil, l’économie détruit des emplois, et le chômage augmente.
Autre rôle de la croissance : dans nos sociétés vieillissantes, la part du PIB consacrée aux retraités augmente. En leur allouant une partie de ce surplus de production, on limite l’impact négatif sur les actifs.
Dès lors, vivre sans croissance dans notre système actuel pourrait se révéler explosif. «Cela conduirait à une baisse du niveau de vie des actifs et à une explosion du chômage, prévient Patrick Artus. Mais si les actifs l’acceptent, et si une forte réduction du temps de travail vient compenser les pertes d’emploi, alors pourquoi pas, mais c’est un autre système, pour lequel il n’y a pas encore d’acceptation sociale.» Même sentiment pour l’économiste Benjamin Coriat, de l’université Paris-XIII : «A ce niveau-là de chômage, difficile de se passer de la croissance.»
«facture énergétique». Ce modèle sans croissance ou de croissance très faible pourrait pourtant rapidement s’imposer à nous. Et conduire, pour être vivable, à un bouleversement de notre société.
Première condition, si le gâteau cesse de grossir : réduire les inégalités.«Une nouvelle répartition des revenus sera indispensable, prévient l’économiste Jean-Marie Harribey, sans quoi ce sera le chaos social.»Car si en période de croissance, les besoins sociaux supplémentaires peuvent être financés par le surplus de production, une économie sans croissance devra revoir, de façon radicale, son modèle redistributif.
Second impératif, réduire le temps de travail : «Aujourd’hui, le partage du temps de travail existe, mais il est absurde. Il se fait entre des millions d’actifs qui travaillent 39 heures et 4 millions de chômeurs qui travaillent zéro heure», dénonce l’essayiste et avocat du passage à la semaine de quatre jours, Pierre Larrouturou. «En échange d’un gel des salaires pendant un ou deux ans, et d’une exonération des cotisations chômage pour les employeurs qui jouent le jeu, soit 8% de coûts en moins, on pourrait exiger 10% d’embauches», détaille ainsi Pierre Larrouturou.
Troisième phase : la transition énergétique. Pour des raisons liées au réchauffement climatique, mais aussi économiques. «75% de notre déficit commercial est dû à la facture énergétique, rappelle ainsi Jean-Marie Harribey. Si on arrive à rénover le bâti ancien, cela veut dire qu’on fait d’énormes économies d’énergie.» En développant également les énergies renouvelables, l’investissement serait néanmoins considérable : «L’équivalent de 3% du PIB pendant au moins une décennie, ne serait-ce que pour amorcer la dynamique», ajoute Harribey. Ce qui nécessiterait, quatrième condition et non des moindres, «d’arrêter de se focaliser sur les déficits publics», précise Benjamin Coriat.
Car évoluer d’un système quantitatif actuel à un modèle qualitatif ne se fera pas du jour au lendemain. Cette transition nécessitera un vrai changement de société, dans ses structures, comme dans son état d’esprit. En passant du superflu au nécessaire, cette évolution permettra aussi de développer d’autres richesses, comme les liens sociaux ou la culture, plaident ses défenseurs. En délaissant le système productiviste, elle pourrait aussi… sauver la planète. Et si la panne de croissance n’était pas là tout à fait par hasard ?
(1) «La richesse, la valeur et l’inestimable, fondements d’une critique socioécologique de l’économie capitaliste», éditions Les liens qui libèrent, avril 2013.
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NVS-2

Investitures municipales

Nos 14 attentes pour 2014

 signez la pétition 
La commune est le premier échelon de la République exemplaire que les socialistes ont commencé à bâtir. La commune est aussi le cadre de l’expression démocratique de proximité, le lieu où doit naître et s’épanouir pleinement la citoyenneté.
C’est pourquoi, moi, militant socialiste qui serait amené à choisir entre différents candidats lors des investitures d’octobre ou à soutenir notre candidat déjà investi, je demande à ce que tout-e candidat-e s’engage à respecter les 14 attentes suivantes : 
Nous invitons chaque militant à interroger les candidats sur la base de ces attentes et d’établir leur choix en fonction des réponses.
1.   Un engagement exclusif des élu-e-s. Le/la candidat s’engagera à n’avoir aucun autre mandat exécutif. Les adjoint-e-s doivent pouvoir consacrer au-moins 20% de leur temps à leur mandat.

2.   Un respect des règles. Conformément aux statuts et au règlement intérieur du Parti Socialiste (article 1.4.3) « Non-cumul des mandats et fonctions »), le/la candidat-e n’aura pas de mandat de parlementaire.

3.   Un renouvellement démocratique. Conformément aux statuts et au règlement intérieur du Parti Socialiste (article 1.4.3) « Non-cumul des mandats et fonctions »), le/la candidat-e n’aura pas déjà exercé 3 mandats de maire ou plus, ou exercé-e cette fonction durant plus de 18 ans.

4.  Un engagement pour la transparence. Le/la candidat-e s’engagera à publier son patrimoine ainsi qu’une déclaration d’intérêts au-début et à la fin de son mandat.

5.   Une parité sans concession. Les présidences de commission, les postes d’adjoint-e-s et toutes les fonctions seront attribuées à parité entre élus hommes et femmes.

6.   Une gouvernance partagée. Afin de respecter la vie démocratique, le/la candidat-e s’engagera à créer tout conseil représentatif utile (par ex. un conseil des jeunes, un conseil des artisans, commerçants, indépendants et entreprises, un conseil des sages, …). 

7.  Une exemplarité de la gouvernance. Le/la candidat-e s’engagera sur la publication des réclamations citoyennes et des réponses apportées, ainsi que sur la publication des statistiques et informations budgétaires, …

8.   Un engagement à rendre compte. Le /la candidat-e s’engage à rédiger un bilan annuel écrit de son mandat afin que les citoyens puissent suivre l’évolution de la commune vis-à-vis des promesses faites lors de la campagne.

9.   Une participation citoyenne. Le/la candidat-e laissera une place importante à la consultation citoyenne sous toutes les formes possibles : commissions ouvertes au public, conseils municipaux retransmis en ligne (lorsque les moyens techniques le permettent), présentations en ligne des projets municipaux, ouverture de forums participatifs,…

10.  Une responsabilité globale. Le/la candidat-e engagera, pour chaque grande décision, une réflexion sur chacun-e des 4 axes suivants : responsabilité financière, sociale, sociétale et environnementale.

11.  Une gestion responsable. Le/la candidat-e s’engage à ce que chaque euro dépensé soit un euro utile à la collectivité. Il/elle s’engage ainsi à œuvrer à une mutualisation des dépenses au niveau de regroupements de communes et éviter les emprunts toxiques. Il s’engage également à privilégier la gestion en régie municipale ou le recours par Délégation de Service Public aux entreprises de l’Economie Sociale et Solidaire.

12. Une exemplarité des pratiques. Le/la candidat-e s’engage à avoir un comportement d’employeur exemplaire à travers, entre autres, le respect du statut des salariés communaux, la chasse au temps partiel subi et l’abandon des statuts précaires.

13.  Une action pour l’emploi et l’insertion. Le/la candidat-e engagera une démarche permettant de faciliter l’accès à l’emploi sur la commune, notamment au sein des entreprises implantées sur le territoire, mais aussi en organisant l’emploi au sein des services municipaux, en favorisant le recours aux clauses sociales dans les marchés publics, et en soutenant l’Economie Sociale et Solidaire.

14. Une action environnementale. Le/la candidat-e s’engage à lancer une démarche Agenda21, à développer autant que possible l’agro-écologie et les filières courtes. Il/elle s’engagera aussi concrètement pour la transition énergétique en développant les potentialités en énergie renouvelable de son territoire et en favorisant les fournisseurs d’électricité 100% renouvelable et solidaires.

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La nouvelle norme : la prédominance du chômage

 Le PDG de Gallup, institut de statistiques renommé, lève le voile sur les chiffres du chômage aux États-Unis. Faut-il se satisfaire du pourcentage communiqué par le gouvernement ?

Il y a plusieurs années, alors que j’habitais à Lincoln, dans le Nebraska, je suis passé en voiture devant la maison d’un homme qui avait pris feu : son toit était en flammes. Bizarrement, le propriétaire était dans son jardin en train de tondre la pelouse alors que sa maison s’embrasait toute entière. Il s’est contenté de regarder droit devant lui et a continué à tondre comme si de rien n’était.

Cette image m’est récemment revenue à l’esprit alors que je lisais le Wall Street Journal, le New York Times et le Washington Post. Je lis beaucoup d’articles sur l’immigration, le mariage gay et l’environnement, mais aussi sur la NSA, le fameux dénonciateur Edward Snowden, le voyage de notre président en Afrique et autres sujets chers à Washington. Mais dans tous ces journaux, rien ne parlait du sujet le plus brûlant dans l’esprit de tous les citoyens américains : l’emploi et l’état de l’économie. Les hommes politiques américains ainsi que les médias tondent une pelouse métaphorique alors que l’économie du pays est en train de brûler.
Peut-être que les têtes pensantes de la politique et des médias aux Etats-Unis ont abandonné, ou tout simplement oublié, les personnes sans emploi ou sous-employées. Apparemment, la prédominance du chômage est la nouvelle norme. Certes, le président et le Congrès abordent le sujet, mais rarement de manière pressante.
Il suffit de jeter un œil au dernier rapport sur l’emploi. Selon le ministère du Travail américain, l’économie a vu se créer 195 000 nouveaux emplois. Ces résultats ne sont pas mauvais, sans non plus être exceptionnels. Beaucoup d’économistes, y compris le lauréat du prix Nobel Paul Krugman, s’accordent à dire qu’étant donné la morosité actuelle de l’économie, il était nécessaire de créer 300 000 emplois par mois, et que ce nombre ne devait pas descendre plus bas que 200 000.
L’un des problèmes majeurs repose sur le fait que les chiffres du chômage officiels communiqués par le gouvernement fédéral ne reflètent pas la sévérité de la crise de l’emploi : peut-être que ces chiffres incitent même les leaders politiques et les médias à se reposer sur leurs lauriers. Voilà pourquoi : le Bureau of Labor Statistics (BLS) définit le chômage comme le pourcentage de personnes qui cherchent un emploi sans arriver à en trouver. Par conséquent, si par exemple vous cessez de chercher un travail pour le reste de l’année en cours, vous ne serez pas considéré en tant que chômeur car vous avez arrêté vos recherches.
Une autre faille dans les mesures effectuées par le BLS est la suivante :disons que je vous engage pour laver ma voiture, cela vous prend une heure ou plus et je vous donne au moins 20 dollars pour le travail effectué. Le gouvernement fédéral ne vous comptera pas parmi les chômeurs. Et cela, même si vous êtes un ingénieur au chômage et que le lavage de voitures est le seul travail que vous pouvez trouver pour le moment.
Ces mesures sous-évaluent sévèrement le nombre de personnes sans emploi aux Etats-Unis et sont loin de refléter la véritable expérience et la souffrance de la population. Par exemple, le BLS communique actuellement un taux de chômage ajusté de 7,6 %, alors que les données de Gallup soulignent un taux de chômage de 17,2 %. Ce dernier chiffre est bien plus inquiétant car il indique que plus de 20 millions d’américains demeurent sans emploi ou massivement sous-employés.
Le taux de chômage avancé par le BLS rassure peut-être Washington sur l’état de l’emploi et de l’économie dans son ensemble, mais pas l’opinion publique. Comme Gallup l’a récemment souligné, lorsque les américains doivent nommer la chose qui les inquiète le plus à propos du futur des Etats-Unis, 34 % des participants au sondage pointent du doigt l’économie, les finances du pays, ou le chômage/l’emploi. Parmi les sujets chers aux hommes politiques et aux médias, la perte des libertés civiles ne préoccupait que 4 % des participants, tandis que l’immigration et le contrôle des frontières n’intéressait que 2 % des sondés. Et tenez-vous bien : le sujet du mariage gay et de l’environnement ne font même pas partie de la liste des inquiétudes de la population.
Les leaders politiques et médiatiques passent à côté de l’essentiel, tout comme ce pauvre homme de Lincoln qui tondait sa pelouse en laissant sa maison brûler dans son dos.
Traduction par Joséphine Dennery, JDN.

Cette chronique traduite par le JDN a été publiée via le programme Influencers de LinkedIn, où s’expriment près de 300 leaders d’opinion. Retrouvez la version originale en anglais ici.
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